Voici comment j'ai survécu dans la jungle du marché immobilier

Je voulais acheter un appart, mais je ne me doutais pas de ce qui m’attendait avant qu’une amie me conseille. Alors, je me suis mise à visiter, visiter, visiter...

Voici comment j'ai survécu dans la jungle du marché immobilier
©FLEMAL JEAN-LUC

Une chronique de Marie-Anne Georges, journaliste

J'ai commencé à chercher intensivement un logement à Bruxelles le jour où j'ai revu une amie que j'avais un peu perdue de vue. Je la trouvais transformée. Elle semblait avoir changé de vie. En fait, elle avait déménagé. Oui, elle y était arrivée alors que moi je désespérais. "Cela fait combien de temps que tu cherches ?" m'a-t-elle demandé. "Quelques mois" , lui ai-je répondu avec hésitation. "Es-tu au taquet ?" Autrement dit, elle voulait savoir si je m'étais bien inscrite dans toutes les agences, si je recevais régulièrement des notifications, etc. Franchement, pas vraiment. Ni une ni deux, elle m'arracha mon téléphone, téléchargea une application de recherche immobilière et créa des recherches de biens. Il ne fallut pas longtemps pour que des alertes apparaissent. Je me pris très vite au jeu. Et tout cela devint comme une drogue. Quand je ne recevais pas de notification, j'étais en manque.

Trop beau pour être vrai

Ce dont je ne me doutais pas, c’est que je venais de poser un pied dans la jungle. Certains agents immobiliers sont des rapaces. Et à chaque fois que j’avais affaire à l’un d’eux, il me faisait bien comprendre qu’il était là pour vendre et pas pour me trouver un bien. Je l’intéressais, oui, parce que j’en avais un à vendre (je faisais le deuil de ma maison familiale où j’avais vécu 25 ans). Mais j’attendais qu’en échange, il me trouve le nid de mes rêves. Je m’étais inscrite auprès de chacun, mais leurs critères étaient tellement généralistes et ma recherche tellement particulière…

Au départ, je ne souhaitais pas quitter ma chère commune, puis cette amie m'a convaincue : je devais "passer le canal" . J'ai fait le deuil de Schaerbeek. Elle était devenue impayable pour ce que je cherchais. Je me suis donc résolue à passer ce fameux canal. Une collègue m'avait dit : "Il m'a fallu un an pour accepter de déménager à Koekelberg." Moi, j'étais prête après quelques semaines. Pas le choix. Surtout que je pensais avoir dégoté la perle rare. Un appartement à 295 000 €. Je suis arrivée avec toute la naïveté qui peut parfois m'habiter. Il était beau, ce souplex avec jardin. Trop beau pour être vrai. Après avoir fait le tour du propriétaire avec l'agente immobilière, elle m'informe qu'il fallait faire une offre : "enveloppe fermée". Quésaco ? Chacun fait une offre supérieure au prix indiqué sans connaître celle des autres. J'avais misé 10 % supérieurs au prix de départ. Le lendemain matin, l'agence m'écrivait que le propriétaire avait reçu une offre "bien plus haute" que la mienne.

La rate au court-bouillon

Mon entourage m’a conseillé de me calmer. Que mon jour viendrait. Et si je n’avais pas eu cet appart, un autre m’attendrait. Tout bien réfléchi, et vu la situation du marché immobilier depuis la sortie de la pandémie, avec une demande nettement supérieure à l’offre, je n’étais pas près de trouver. Quel intérêt de me mettre la rate au court-bouillon ? Pour me détendre, j’ai pris rendez-vous dans un spa. Une demi-heure dans un caisson à infrarouges. Oui, mais si pendant cette demi-heure-là, je loupais l’appart du siècle ?

J'ai fait l'effort de swiper de plus en plus souvent. J'ai fini par devenir une experte. Et j'ai visité, visité, visité. Avec un certain détachement, parfois. Ainsi, j'ai envoyé des messages à des propriétaires peu scrupuleux. Une sorte de vengeance. Comme à celui qui affichait un taudis, oui oui un taudis, à 345 000 € à Evere, "Vous êtes sûr qu'il n'y a pas un zéro de trop ?"

J'ai demandé conseil, mielleuse, à ces mêmes agents que j'avais appris à détester. "Il faut être sur la balle, le marché est tendu" fut leur encouragement. J'avais pourtant eu l'impression de l'être, sur la balle, le jour où, à 6 h du matin, j'avais fait part par courriel de mon intérêt pour un bien. À cette heure-là, je m'étais même surprise à téléphoner. Suivant le conseil de l'amie : "T'appelles, quelle que soit l'heure !" Trop tard. Le bien avait été mis sous offre, sur photos - oui oui, sur photos (il faut dire qu'elles étaient vachement attrayantes). Par PDF et avec quelques dizaines de milliers d'euros au-dessus du prix indiqué.

Dans un tel contexte, désespérée, j'ai posté une bafouille sur Facebook. Oui, Facebook, ce réseau social has been. Je faisais appel à l'équipe. Et, un jour, une de mes amies m'a envoyé un lien privé…