Sans grande annonce ni nouvelle législation, la couverture des ‘Breaking news’ liés au terrorisme a changé depuis janvier 2015. L’attaque de Charlie Hebdo, la chasse à l’homme des frères Kouachi et les interventions policières qui ont suivi ont profondément marqué les rédactions en ligne. Souvenez-vous, entre l’attentat contre l’hebdomadaire satirique et l’assaut dans l’hyper cacher, on dénombre plus de 50h de direct sur les grandes chaînes de télévision et sur les sites internet. Le net, le média le plus rapide pour diffuser et véhiculer une information, voit son audience exploser. Même la nuit.

Certes, les sites d’information veulent toujours être les premiers à annoncer une grosse info. La concurrence entre médias reste d’ailleurs très vive sur le web. Mais les erreurs - qui se sont accumulées sur ces trois jours – ont contraint les rédactions à revoir la manière de couvrir les évènements post-attentats.

De quelles erreurs parle-t-on ?

L’erreur des médias était de mettre inconsciemment en danger des otages innocents. Presque toutes les rédactions ont diffusé les noms des personnes détenues par les terroristes, alors que ces derniers ignoraient parfois la présence d’adultes et enfants cachés dans une chambre froide ou sous un évier. Les terroristes découvraient donc leurs victimes en suivant les chaînes en continu et les alertes des sites d’information. Ils se disaient sans doute que la presse n’était pas toujours fiable, alors qu’elle disait vrai.

Autre erreur récurrente, c’est l’annonce d’informations non recoupées: "L’assaut a été donné, ou plutôt aurait été donné. Finalement… non. Enfin pas encore, mais c’est imminent !" Les enquêteurs et policiers parlaient beaucoup aux journalistes. Même le ministère français de l’Intérieur devait préciser – si ce n’est corriger – les déclarations de son ministre qui découvrait l’adrénaline des projecteurs.Par conséquent, quand l'enquête se disperse, la presse suit le mouvement.

Petits chats bruxellois

Qu’a-t-on dès lors retenu ? Qu’il était parfois nécessaire de laisser les évènements graves se dérouler dans le plus grande sérénité possible avant de les répercuter massivement. Le journaliste peut très bien faire son travail de manière professionnelle et indépendante sans pour autant relater – minute par minute - chaque mouvement de policier. Ainsi, lors de la dernière opération anti-terroriste de grande ampleur dans plusieurs quartiers de Bruxelles, il ne fallut pas grand-chose pour convaincre les médias belges et – mieux encore - les réseaux sociaux de ne pas diffuser d’informations sensibles en temps réel. Un simple message – certes totalement inédit – de la Police fédérale aura suffi à fermer ‘le direct’. Le court black-out médiatique est entré en vigueur le temps des perquisitions. Un temps idéal pour sortir les chats.

Contrairement à ce que disent les mauvaises langues, il n’est aucunement question de censure, puisque les journalistes ont pu travailler normalement et diffuser toutes les informations recueillies une fois l’opération passée. Les préoccupations des médias étaient de ne mettre aucun citoyen, policier ou militaire en danger, ni perturber l’opération en cours. Le temps de l’information a été suspendu brièvement. C’est cela aussi l’après-Charlie.


Dorian de Meeûs

Rédacteur en chef de LaLibre.be