C’est Georges Brassens qui le chantait: “Le temps ne fait rien à l’affaire; quand on est con, on est con; qu’on ait vingt ans, qu’on soit grand-père, quand on est con...” 

Un texte de Jean-Claude Matgen, journaliste de La Libre.

Vous, les jeunes, que vous preniez vos aînés, dont je suis, pour des vieilles badernes, est dans la nature des choses. De tout temps, les ados ont considéré leurs parents et grands-parents pour des ringards dont les conseils, les injonctions, les ordres n’étaient donnés que pour les empêcher de grandir en rond et de profiter des plaisirs d’une vie qu’ils comptaient bien mordre à pleines dents, avec toute la fougue et toute la passion qu’offre la jeunesse.

A moi aussi, il m’a fallu du temps pour comprendre que mes proches, mes professeurs et tous ces adultes qui semblaient s’être ligués pour me couper les ailes et m’empêcher de vivre au rythme qu’il me semblait normal d’adopter ne voulaient, au fond, rien d’autre que mon bien, que me protéger contre moi-même et contre les dangers que, aveuglé par mes élans juvéniles, je ne percevais pas.

Il aurait été heureux que ce temps vous fût également donné. Vous auriez fait vous-mêmes l’expérience de la sagesse, en apprenant de vos échecs et des coups durs que distille l’existence. Nous connaissons, hélas, une situation si particulière que ce temps n’existe plus actuellement, qu’aucune erreur d’appréciation, qu’aucun tâtonnement ne sont permis à personne.

Aussi, quand je lis, dans un sondage réalisé par Test Achats, que 44% des jeunes de 18-21 ans ne suivent pas les recommandations et les mesures décrétées, sur les conseils de la communauté scientifique, par le gouvernement pour contenir l’épidémie de Coronavirus, ça me fait bondir.

Vous n’êtes pas plus bêtes que vos aïeuls mais, sur ce coup-là, vous vous montrez plus cons qu’eux, même s’ils ne doivent pas trop la ramener, eux non plus, car, parmi les adultes, ils sont...23% à se foutre du tiers comme du quart des consignes de confinement, de limitations de déplacements et d’hygiène.

La jeunesse d’aujourd’hui paraît au sexagénaire que je suis plus altruiste, plus idéaliste, moins individualiste qu’elle ne l’était quand j’en partageais les bonheurs. Sa mobilisation pour sauver le climat en est une preuve.

Et même si elle est fâchée avec l’orthographe et fait généralement usage d’un vocabulaire relativement pauvre, elle ne me semble pas plus bête, moins cultivée, moins débrouillarde que “de mon temps”.

Le fait qu’elle fasse front, malgré les difficultés économiques auxquelles elle est confrontée (bien plus lourdes à surmonter que dans les années où trouver un job intéressant et convenablement rémunéré était presque une formalité, surtout quand on avait décroché un bon diplôme), prouve son courage et sa ténacité.

Cela rend d’autant plus incompréhensibles, d’autant plus navrantes, d’autant plus connes, ces manifestations d’égoïsme mêlé d’ignorance, ces marques imbéciles de défi dont font preuve certains de ses membres.

A quoi jouez-vous messieurs, dames ? Que voulez-vous prouver ? Votre mépris de l’ordre établi ? Votre soif de vivre quels que soient les risques encourus? Ces risques, ce n’est pas à vous que vous les faites courir ou si peu. C’est à des personnes fragiles, des grands-mères impuissantes, des malades auxquels vos rodomontades gratuites pourraient tout simplement être fatales.

Le “vieux con” que je suis ne peut croire un instant que vous soyez à ce point indifférents au sort des autres que vous ne puissiez écouter les mises en garde, observer vous aussi les règles de confinement, vous plier aux demandes de nos autorités. De grâce, montrez-nous que vous en avez davantage dans la caboche. Et dans le cœur.