Ce week-end encore, on a pu voir, sur France 5 notamment, les images du ministre belge de la Justice, Koen Geens, se battant avec son masque, essayant désespérément de l’enfiler correctement, s’en couvrant le crâne puis les yeux, tentant en vain de faire tenir les élastiques derrière ses pourtant grandes oreilles, tournant ce bout de tissu présumé salvateur dans tous les sens sauf le bon, avec dans le regard une lueur affolée d’homme aux abois.

Gageons que ces images, qui font sourire son entourage mais pas vraiment notre homme, après avoir fait le tour du monde, réapparaîtront pendant des décennies dans nombre de bêtisiers.

L’humour caustique de Koen Geens, qui aime jouer les pinces-sans-rire, se double désormais d’un humour, bien involontaire cependant, digne des plus grands représentants du genre burlesque. On imagine Laurel et Hardy se fendre la poire six pieds sous terre en le voyant se démener de la sorte.

Quand je vois passer la vidéo sur ma télévision ou mon ordinateur, je ne peux évidemment pas m’empêcher de sourire, voire davantage. L’effet est irrésistible. Mais un petit malaise m’étreint aussitôt. Ma gêne n’est pas simplement le fruit de mon éducation, elle ne vient pas uniquement du fait que l’on m’a appris à ne point me moquer du malheur ou du désarroi des autres. Elle est liée à autre chose.

En fait, je me mets volontiers dans la peau de Koen Geens...dans cet exercice à tout le moins. Je me vois, moi aussi, m’escrimer à enfiler comme il sied ce bout de tissu étouffant et, comme le ministre, échouer dans cette tentative, par nervosité, par maladresse, par exaspération.

Bref, si j’avais été à sa place, je crois que je me serais livré au même numéro clownesque et sans doute aurais-je perdu très vite le sang-froid qu’il a tenté de conserver. Vous m’auriez entendu jurer et vociférer ainsi que je le fais trop volontiers quand une machine, comme un ordinateur par exemple, me tient tête et ne fait pas ce que je lui commande.

De quoi m’empêcher de m’esclaffer complètement à la vue de ces images “historiques”. J’ai à ce point conscience qu’elles pourraient me concerner que je n’en rajoute pas.

Quand même, qu’est-ce qu’elles sont drôles...