Un commentaire de Francis Van de Woestyne.


Evacuons d’emblée cette exaspération, cette lassitude qui nous viennent à la lecture des réactions, notamment françaises, considérant que la Belgique est, finalement, responsable de la mort des 130 victimes des attentats de Paris, le 13 novembre dernier. Le poujadisme, la démagogie, le nationalisme hautain sévissent encore et toujours. Et dans un monde médiatique prompt à relever les commentaires débiles plutôt que les analyses de fond, les auteurs de propos sordides, friands de raccourcis stupides et de jugements à l’emporte-pièce ont de beaux jours devant eux. Faut-il en déduire que les services policiers belges, le monde politique, les médias belges n’ont pas failli et ont géré ce dossier - celui du radicalisme - avec la rigueur, la finesse et la vision nécessaires ? La réponse est évidemment négative. Des failles, béantes, il y en a eu. Qu’on ait permis que se développent, à l’intérieur de la capitale belge et européenne, des réseaux salafistes échappant à toute règle, ce fut une erreur magistrale dont la Belgique paye et payera pendant longtemps encore les lourdes conséquences. Par souci de tolérance, certains - politiques, intellectuels - ont jugé utile de laisser une parole haineuse se répandre et s’immiscer dans les esprits d’une jeunesse fragile, sans repères. C’est d’autant plus insupportable que cette politique laxiste a terni l’image d’une commune - Molenbeek - où pourtant un tissu associatif, créatif, multiculturel tentait tant bien que mal de résister aux influences néfastes des prédicateurs intrôlables. Un énorme travail de resocialisation d’une partie de la jeunesse est indispensable. Il a débuté. Mais il sera long, ardu.

On doit également s’interroger sur ce fait : recherché par les polices d’Europe, Salah Abdeslam n’a donc, vraisemblablement, pas quitté son quartier pendant 126 jours. Il a bénéficié, pendant ce temps, de complicités fortes et nombreuses. Ces personnes constituent à leur tour des dangers, des bombes en puissance. Car on imagine que l’esprit de vengeance est grand parmi les amis du terroriste. On ose espérer que la vigilance, la surveillance de ces individus seront maximales. Molenbeek est-elle condamnée à rester la base arrière du terrorisme ? Non évidemment. Il ne faut pas "nettoyer" Molenbeek. Il faut surtout guérir Molenbeek des cancers que l’on a laissé grandir : pauvreté, radicalisation, exclusion.