Une humeur de Jean-Claude Matgen.

A Singapour, la moindre atteinte à la propreté ou à l’hygiène dans l’espace public (jeter son mégot de cigarette sur le trottoir, cracher par terre, omettre de tirer la chasse dans les toilettes publiques...) est passible d’une amende minimale de 190 euros.

Excessif ? Aux yeux des Occidentaux-latins que nous sommes, oui sans doute. Mais la ville-Etat a la palme de l’endroit le plus propre au monde et cela se mérite. Au moins n’y verra-t-on pas ce que les associations qui collectent des vêtements dans notre pays ont découvert au bout de la période de confinement liée à la crise du coronavirus.

C’est L’Avenir qui le révèle: 75 tonnes de...déchets clandestins ont été trouvées dans les bulles à vêtements en Belgique francophone pendant la période de confinement. Il y avait là des déchets verts, des pots de peinture, des langes et même des animaux morts. Le nettoyage a coûté cher aux différentes asbl chargées de la gestion des 5.600 bulles présentes dans le sud du pays.

Les dégoûter de jouer les dégoûtants

Ces dépôts clandestins ne relèveraient pas d’un phénomène propre à la crise sanitaire mais celle-ci l’aurait accentué. “La fermeture des recyparcs a une incidence sur la gestion des déchets pour certains particuliers”, a d’ailleurs indiqué la porte-parole de l’association Terre, qui gère près de 2.500 bulles.

Ces gestes d’incivisme sont désespérants. A l’heure où chacun devrait se soucier de son prochain, faire attention aux plus fragiles, respecter le travail des autres, surtout lorsqu’il est tourné vers l’humain, prendre garde à la préservation de son environnement, on trouve donc une cohorte d’égoïstes, de crétins finis, d’analphabêtes du cerveau et du coeur pour jeter leurs masques par terre ou pour balancer dans des conteneurs censés accueillir des dons pour les plus précaires toutes sortes de détritus qu’ils ont accumulés chez eux et dont ils préfèrent se débarrasser à peu de frais.

Il y a quelques semaines, j’ai vu, à la télévision, un reportage montrant comment des entrepreneurs du bâtiment rejoignaient en camionnette et en catimini des lieux bucoliques qu’ils transformaient en quelques jours en décharge clandestine à force d’y déverser leurs déchets de chantier.

Pour économiser quelques euros, ils préféraient polluer des nappes phréatiques, asphyxier la flore et la faune environnantes, saccager les abords de plusieurs villages que de suivre les procédures légales.

Les forces de l’ordre avaient eu la bonne idée de dissimuler des caméras de surveillance dans des arbres voisins. C’est comme cela qu’on a identifié un père et son fils qui semblaient bien sous tout rapport et n’étaient pourtant que des minables.

Celles et ceux qui ont pris les bulles de vêtements pour des tas de fumiers sont du même acabit. Il faudrait peut-être leur mettre la police de Singapour aux fesses pour qu’ils comprennent que ce qu’ils font est vil. Et leur faire payer des amendes qui les dégoûteraient à jamais de jouer les dégoûtants. Avec de pareils spécimens, c’est sans doute le seul langage qui tienne, hélas.