Robert Vertenueil, le patron du syndicat socialiste, est sur le gril. L’aile wallonne, radicale, de la FGTB est rouge de colère. Il mérite un avertissement, un rappel à l’ordre, une remise sur le droit chemin. Voire un retrait. Du balai ! Mais quel crime a donc commis Robert Vertenueil ?

A-t-il fait allégeance au Vlaams Belang ?
A-t-il soutenu Donald Trump dans sa réaction brutale contre les manifestants après le meurtre de Georges Floyd ?
Bien pire !
A-t-il conduit en état d’ivresse ?
A-t-il fait un faux, falsifié sa déclaration d’impôt, caché l’argent du syndicat dans un paradis fiscal ?
Pire encore !
A-t-il pris les transports en commun sans masque ? Participé à la fiesta avec le prince Joachim ?
A-t-il oublié les paroles de l’Internationale ? Les chapitres de la Charte de Quaregnon ? La date de naissance d’Emile Vandervelde ?

Non, tout cela lui serait pardonné.

Il a rencontré Georges-Louis Bouchez, le président du MR au siège de la FGTB !
Il a fait cela ? Non ? Si !
Ce n’est pas tout. Ils ont discuté ensemble de la nécessité d’établir un nouveau Pacte social.
Et comble du comble, ils ont trouvé, dans leur échange des points communs.
Alors là, vous m’en direz tant…

C’est donc ce comportement hérétique qui vaut à Robert Vertenueil, cette fatwa lancée par ses amis wallons.
Mais que se passe-t-il donc à la FGTB, à la FGTB wallonne en particulier ?
Depuis quand le dialogue, fût-il avec des libéraux, est-il interdit ? N’est-ce pas l’essence même de notre démocratie : se nourrir des avis, des contributions de chacun ? Concilier la solidarité et la libre concurrence, définir les conditions dans lesquelles les entreprises peuvent prospérer pour ensuite distribuer les fruits de la croissance.

Apparemment, pour la FGTB, la réflexion doit avoir lieu en vase clos.
À mort le combat des idées, la friction positive des théories, à bas le dialogue entre la gauche, le centre, la droite.
Vive le repli sur soi. La FGTB applique à merveille le confinement, ferme ses portes, ses oreilles aux idées des autres. Triste réalité. Qui démontre, qui explique les difficultés auxquelles les partis politiques sont confrontés depuis des mois : le PS est prisonnier d’une aile syndicale gangrenée par le PTB. Et la N-VA est soumise aux diktats des jeunes loups du Belang.

L’avenir n’est pas aux portes closes mais à l’union des forces vives.
Plutôt que de battre en retraite face aux marxistes bornés qui vous accablent de reproches, poursuivez ce dialogue M. Vertenueil.
Désolé pour ce soutien aussi inhabituel qu’occasionnel. Cet appui à distance d’un camarade étranger vous sera reproché. Mais continuez ce combat pour l’ouverture.

Personne ne vous demande d’adhérer au MR, juste d’écouter ce qu’ils ont à dire. Et profitez-en pour tenter d’infléchir ce qui, chez eux, vous déplaît. En aurez-vous le temps? Pas sûr. Votre sort sera réglé lundi. Viré? Sermonné ? Bouchez, vous devrez sans doute promettre de l’éviter.
Mais les ultras de la FGTB, tellement sûrs d’avoir raison entre eux, se trompent : “Le contraire de la connaissance, ce n’est pas l’ignorance, ce sont les certitudes”. (Rachid Benzine).