La chronique de la rédaction Même lorsque la Stib décide de fermer ses stations de métro, de limiter certains trams et que le niveau d'alerte passe à 4 dans la Région bruxelloise, certains taximen choisissent leur clientèle... Un commentaire de Romain Hubaut, journaliste à DH.be et LaLibre.be.

Gare de Bruxelles-Central. Il est 06h52, ce samedi matin. Alors que je viens tout juste d'arriver dans la capitale, en provenance de Tournai, je m'apprête à suivre mon trajet quotidien pour me rendre à la rédaction du groupe de presse IPM. Je me dirige mécaniquement vers le métro que j'ai pour habitude d'emprunter, en direction de Stockel ou d'Herrmann-Debroux. Arrivé avec un groupe de personnes à hauteur de l'escalator qui mène normalement au quai, je constate qu'un écriteau nous indique que les métros et une partie des trams ne circuleront pas aujourd'hui et, ce, jusqu'à nouvel ordre... La poisse. 

Après plusieurs coups de téléphone, j'apprends que cette décision a été prise à la suite d'une menace terroriste considérée comme imminente. Mince, je me trouve dans une gare, un lieu public fortement fréquenté... La parano s'installe. Malgré moi, je me surprends à épier le comportement des personnes qui m'entourent. Ne pas paniquer, ne pas interpréter... "Trouve une solution pour arriver à la rédaction mon gars, plutôt que de perdre ton temps à analyser tout et n'importe quoi", me soufflais-je intérieurement.

Soit, c'est ennuyeux comme situation... mais il me reste des solutions autres que le métro ou le tramway. Et même, il est hors de question de laisser le terrorisme avoir raison de notre optimisme aussi facilement, il ne manquerait plus que ça. Pour gagner du temps, plutôt que de changer deux fois de bus pour me rendre à la rédaction, je m'approche des taxis stationnés aux abords de la Gare centrale. Tant pis, je paierai plus que prévu mais c'est pour une bonne raison. Je m'approche donc de la vitre de l'un d'eux et lui demande s'il est possible de me conduire jusqu'à Etterbeek. Je lui explique brièvement que je suis déjà en retard et que je ne peux pas me le permettre avec l'actualité matinale agitée. Le taximan réfléchit et me répond "Désolé Monsieur, je ne fais pas les courses qui rapportent moins de 25 euros". Très bien... au temps pour moi. Si une bombe venait à exploser à proximité, je saurais qui remercier...

En cette période où certaines libertés essentielles sont brimées par la menace et la crainte, cette attitude m'a semblé tout bonnement scandaleuse. Dans la mesure de ses possibilités, chaque citoyen -quels que soient sa profession et son statut- doit veiller à apporter sa contribution au bien-être de ses prochains. Et ce, en favorisant notamment la facilité de circulation et de déplacement, par exemple...

Finalement, j'ai attendu un premier bus, puis attendu une correspondance pendant 30 minutes avant d'arriver avec une heure de retard à la rédaction. Mon incompréhension et mon irritation, elles, perdureront au moins jusqu'à la fin de cette journée qui a si tristement débuté...