Édito: Le temps du réalisme à Téhéran

La victoire, dès le premier tour, d’un modéré à la présidentielle de vendredi en Iran est certainement un motif de réelle satisfaction. Elle ne saurait pour autant inspirer de l’euphorie.

Édito: Le temps du réalisme à Téhéran
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La victoire, dès le premier tour, d’un modéré à la présidentielle de vendredi en Iran est certainement un motif de réelle satisfaction. Elle ne saurait pour autant inspirer de l’euphorie. D’abord, parce que Hassan Rohani n’a franchi la barre qu’avec 50,68 % des suffrages et doit en gande partie son élection à la division des conservateurs. La moitié des Iraniens n’ont pas voté pour lui.

Ensuite, parce que le président reste soumis à l’autorité du Guide suprême, Ali Khamenei, dont la religion à l’égard de l’Occident n’est guère susceptible d’inflexions profondes.

Enfin, parce que M. Rohani fait davantage figure de personnalité pragmatique que de réformateur convaincu. Le changement, en d’autres termes, risque de porter sur la forme plutôt que sur le fond. Le nouveau président entend bien, par exemple, que l’Iran devienne une puissance nucléaire, quoi qu’on en pense à l’étranger.

Ces réserves faites, Hassan Rohani est l’homme avec qui, désormais, Européens et Américains sont condamnés à travailler. Si le successeur du fantasque Mahmoud Ahmadinejad est persuadé que son pays doit se montrer plus réaliste dans ses rapports avec la communauté internationale, il est tout aussi logique que les Occidentaux reconsidèrent les fantasmes qui faussent leurs relations avec Téhéran.

Cela implique, pour les Européens, de mener une politique qui se libère des préventions nourries à Washington, où l’on n’est jamais arrivé à tourner la page de l’humiliation ressentie lors de la crise des otages en 1979. Il en résulte que la balle, aujourd’hui, n’est pas seulement dans le camp de M. Rohani.

Édito de Philippe Paquet