Édito: Brésil, la peur de redevenir pauvres

Quarante millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté au cours de la dernière décennie, pour entrer dans la classe moyenne (revenu familial entre 576 et 2 484 euros/mois), grâce à la croissance économique et à la réduction des inégalités induites par la politique de centre-gauche de l’ex-président Lula.

Marie-France Cros
Édito: Brésil, la peur de redevenir pauvres
©AFP

Vues d’Europe, les violentes protestations au Brésil contre les dépenses en faveur de la Coupe du monde de foot de 2014, au détriment des secteurs sociaux, font figure de coup de tonnerre dans un ciel bleu. En réalité, le brusque ralentissement de l’économie brésilienne en 2013, après des années de forte croissance, est venu rappeler aux classes moyennes la fragilité de leur statut.

Quarante millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté au cours de la dernière décennie, pour entrer dans la classe moyenne (revenu familial entre 576 et 2 484 euros/mois), grâce à la croissance économique et à la réduction des inégalités induites par la politique de centre-gauche de l’ex-président Lula.

Les hausses des prix alimentaires (13 %) mettent en péril ce précieux équilibre, alors que Brasilia, sixième économie mondiale depuis 2011, joue maintenant dans la cour des grands, n’hésitant pas à tancer les Etats-Unis et l’Union européenne. C’est un Brésilien qui dirige, depuis mai, l’Organisation mondiale du commerce ; c’est le Brésil qui sera, en juillet, le premier à recevoir le pape François ; lui qui accueille la Coupe du monde en 2014 et les Jeux olympiques en 2016 : pour les Brésiliens, leurs chefs se la jouent grandiose au détriment de la consolidation du progrès social.

Brasilia négocie l’embauche de 6 000 médecins cubains pour compenser son déficit en structures de santé ; les Brésiliens sont confrontés à une violence endémique liée au trafic de drogue (le pays est premier consommateur mondial de crack depuis 2012) ; la réforme agraire n’avance plus. La classe moyenne, succès de Lula, a peur du gouffre.


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