Edito: La souffrance et l’impuissance

Ils ont fui l’Erythrée, la Somalie, ces enfers africains, attirés par des marchands de rêve, qui leur promettaient la liberté, la paix, la vie... Un édito de Francis Van de Woestyne.

Van de Woestyne Francis
Edito: La souffrance et l’impuissance
©BELGA

Ils ont fui l’Erythrée, la Somalie, ces enfers africains, attirés par des marchands de rêve, qui leur promettaient la liberté, la paix, la vie. Ils sont arrivés en Libye, épuisés, assoiffés, ruinés. Ils se sont embarqués sur des bateaux de fortune, croyant un jour, décrocher la lune. Ils ont attendu que se dessine au loin, le rivage italien, leur Terre promise, leur paradis. Ils sont morts. Hommes, femmes, enfants. Morts en mer. Combien, 100, 200, 300… ? Combien de corps la mer, celle dont les flots nous bercent chaque été, a-t-elle englouti ? Combien de fois encore verra-t-on ces images d’apocalypse, cette horreur, cette honte ? Combien de temps encore le maire de Lampedusa tiendra-t-il, lui dont les larmes jaillissent à chaque naufrage ? 

Partout, ici, ailleurs, il y a des drames qui nous bouleversent, qui nous renversent : dans son infernale cadence, son immuable répétition, ce drame-là est insupportable. Tendre la main ne suffit pas. Accueillir ces flots de misère, l’Europe ne le peut, ne le veut. Rester les bras ballants ? Avaler ce feuilleton en attendant le suivant ? Décourageant. Chasser ces dictateurs africains, faire la guerre à ces bandits et en installer d’autres ? Inopérant. Quoi alors ? Aider les jeunes démocraties, y implanter nos valeurs ? Ce serait un leurre. Oui, mais quoi alors ? Punir les trafiquants de chair humaine. Oui, toujours. Mais ce commerce est tellement lucratif que jamais il ne se tarit. 100, 200, 300 hier, combien demain ? Le compteur de l’inhumanité s’affole chaque jour. Le drame, précisément, est qu’il n’y a pas de bonnes solutions. Ces morts au quotidien révèlent "simplement" notre impuissance à aider ceux qui sont nés là-bas et qui voulaient venir ici.