Édito: La grâce du ministre de la Justice

Justifée, la polémique suite aux grâces accordées par le roi Philippe? Réponse en trois points. Un édito de Francis Van de Woestyne.

Un édito de Francis Van de Woestyne
Édito: La grâce du ministre de la Justice
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Un édito de Francis Van de Woestyne.

Les 11 grâces individuelles accordées par le roi Philippe depuis son accession au trône le 21 juillet dernier, ont provoqué une vive polémique. Justifiée ? Voyons cela.

1. Les pourfendeurs de la monarchie y ont vu une bévue du Roi. Raté. C’est en réalité la ministre de la Justice qui propose ces grâces, sur la base d’avis du procureur du Roi, du parquet général et du directeur de prison.

2. Pour autant, il n’est pas iconoclaste de s’interroger sur le maintien de cette pratique. Les grâces collectives ont été supprimées. À raison car elles pouvaient alléger des peines infligées à des personnes auteures d’actes violents. Les grâces individuelles posent aussi question. Car la clémence accordée par le Roi ne correspond plus à la manière dont doit fonctionner la justice. Il semble évident que seuls les juges devraient déterminer les peines. De plus, il est curieux de constater que, pour certains acteurs, les "grâces" constituent un bon moyen de "vider" les prisons.

3. Cet épisode remet en lumière l’absence cruelle de politique pénitentiaire en Belgique. Aussi loin qu’il nous en souvienne, il est difficile de trouver dans nos archives la moindre trace de vision à long terme. Augmentation du nombre de détenus, vétusté des prisons, absence de formation des gardiens de prison…

Ces constats sont répétés à longueur d’années et n’évoluent que sporadiquement, à l’occasion de réformes imposées par l’actualité. S’il faut souhaiter une grâce, c’est bien celle dont devrait être touché le prochain ministre de la Justice, de qui il faudra exiger une réelle politique pénitentiaire humaine, efficace, visionnaire.