Édito: La Turquie a besoin de plus de transparence

Si une démocratie se mesure à son niveau de transparence, la Turquie fait certainement pâle figure. Un édito signé Christophe Lamfalussy.

Un édito signé Christophe Lamfalussy
Édito: La Turquie a besoin de plus de transparence
©AFP

Un édito signé Christophe Lamfalussy.

Ne jamais baisser la tête, frapper vite et fort… Recep Tayyip Erdogan a toujours appliqué cette méthode, qui lui a valu de dominer la scène politique turque depuis plus d’une décennie. Mais depuis plusieurs mois, le Premier ministre turc semble avoir perdu les pédales. Il parle de "complot", et s’adressant à la télévision, de gens de l’extérieur cherchant à "prendre le pain sur votre table, l’argent dans votre poche et la sueur de votre front". La mise à l’écart de 350 policiers, hier à Ankara, est un signe de plus de son état d’affolement. Erdogan semble croire que tous ces policiers travaillaient en sous-main pour le mouvement islamique soufi de Fethullah Gülen. Il a muté les patrons des services en charge de la lutte contre les crimes financiers et le crime organisé, ceux-là même qui avaient préparé l’inculpation le 17 décembre, pour corruption, de plusieurs personnalités proches du parti au pouvoir, l’AKP. Au total, 1700 policiers, hauts gradés ou pas, auraient été écartés depuis ce crime de lèse-majesté.

Si une démocratie se mesure à son niveau de transparence, la Turquie fait certainement pâle figure. Oui, le mouvement Hizmet de Fethullah Gülen est actif dans l’ombre et a soutenu l’ascension de l’AKP. Oui, l’ "Etat profond" existe en Turquie, avec pour but de protéger l’héritage kémaliste. Ce à quoi nous assistons est une formidable bataille de pouvoir où le Premier ministre tente de passer d’une protection à une autre. Erdogan tourne le dos au mouvement de Gülen et tente d’obtenir l’appui de l’armée. Que tout cela éclate au grand jour pourrait finalement être bénéfique à la Turquie, mais n’assure pas à Erdogan le poste de président qu’il convoite cette année.

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