Édito: la Suisse est en Europe, qu’elle le veuille ou pas

" On n’est plus chez nous." A en croire le très droitier parti suisse UDC, l’immigration serait devenue incontrôlable depuis 2007. Un édito d'Olivier Le Bussy.

Édito: la Suisse est en Europe, qu’elle le veuille ou pas
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Olivier Le Bussy

Un édito d'Olivier Le Bussy.

"On n’est plus chez nous." A en croire le très droitier parti suisse UDC, l’immigration serait devenue incontrôlable depuis 2007 et la pleine entrée en vigueur de l’accord sur la libre circulation des personnes signé en 2002 par la Confédération helvétique et l’Union européenne. Elle menacerait même de conduire la Suisse au déclin et à l’acculturation. Aussi caricatural soit-il, le message traduit le réel malaise d’une partie de la population.

La votation organisée ce dimanche donnera aux citoyens suisses l’opportunité de dire s’ils souhaitent limiter l’immigration, y compris celle des citoyens européens.

En filigrane de ce débat, c’est le rapport de la Suisse à l’Union européenne qui est en question. La Suisse n’envisage pas d’y adhérer - c’est son droit le plus strict - préférant conclure des accords bilatéraux, qui forment un tout, plus ou moins cohérent. Dénoncer celui relatif à la libre circulation des personnes nourrira l’idée, dans le chef des Européens, que Berne entend tirer le maximum de sa proximité avec l’Union - dont un large accès à son marché unique - sans réelle contrepartie. Or, la caractéristique du paquet d’accords est précisément qu’il profite aux deux parties. Et les Européens pourraient le rappeler sèchement à la Suisse.

Il n’est pas ici question d’obliger celle-ci à renoncer à son identité et à sa singularité. La réalité géographique, économique et politique lui impose cependant de reconnaître qu’elle partage avec l’Union quantité de valeurs et d’intérêts communs. Et qu’elle ne peut se complaire dans une posture de splendide isolement. A moins d’être prête à en payer le prix.

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