Édito: les Jeux de Poutine

Les lauriers olympiques ne sont pas censés être tressés en l'honneur d'un dirigeant. À dire vrai, cela ne s'est produit qu'une fois: à Berlin, en 1936... Un édito de Philippe Paquet.

Un édito de Philippe Paquet
Édito: les Jeux de Poutine
©AP

Un édito de Philippe Paquet.

Quand débutent les Jeux olympiques, d’hiver ou d’été, personne n’a envie de bouder son plaisir. Et personne n’a envie de blesser la légitime fierté des athlètes qui y prennent part en leur laissant croire que ces années de dure préparation n’en valaient pas la peine. Néanmoins, les Jeux de Sotchi provoquent un profond malaise.

Ce n’est bien sûr pas la première fois qu’un pays hôte entreprend des travaux pharaoniques dont le prix jure démesurément avec la pauvreté de la population locale. Ce n’est pas non plus la première fois, hélas !, que la fête olympique sert à légitimer une dictature.

Il n’empêche qu’on a franchi, à Sotchi, toutes les limites. Jamais Jeux n’ont coûté aussi cher (37 milliards d’euros). Jamais ils n’ont eu un impact humain et écologique aussi dévastateur. Jamais ils n’ont résulté d’un choix géographique aussi incongru (une région subtropicale où il neige moins que partout ailleurs en Russie). Jamais ils n’ont alimenté une telle corruption. Jamais, surtout, des Jeux n’ont à ce point été conçus pour glorifier un seul homme, Vladimir Poutine.

Il est habituel que les lauriers olympiques récompensent une nation, qu’ils célèbrent sa renaissance (le Japon en 1964) ou consacrent sa montée en puissance (la Chine en 2008). Ils ne sont pas censés, en revanche, être tressés en l’honneur d’un de ses dirigeants (dût-il croire incarner le pays qu’il gouverne d’une main de fer). A dire vrai, cela ne s’est produit qu’une fois : à Berlin, en 1936...

C’est peut-être ce qui explique la gêne qui tient à distance de la cérémonie d’ouverture, ce vendredi soir, la plupart des dirigeants du monde démocratique.