Edito: Lutgen devrait choisir un expert non politique pour l'Enseignement

On ne peut qu'être sidéré voire inquiet quant à la manière très particratique dont sa succession est envisagée. Par Francis Van de Woestyne.

Francis Van de Woestyne

Par Francis Van de Woestyne

Saluons tout d'abord le travail réalisé par Joëlle Milquet à l'Enseignement. Les réformes qu'elles a mises en œuvre, l'esprit dans lequel son Pacte d'excellence a été lancé tranchent singulièrement avec tout ce qui avait été fait jusqu'ici dans le monde de l'enseignement. Il y avait, dans les idées et dans la démarche de la ministre une vraie vision, une conception intelligente des grands défis de l'école de demain. De plus, elle avait réussi, souvent discrètement, à associer tous les interlocuteurs, des syndicats aux pouvoirs organisateurs mais aussi à fédérer toutes les tendances politiques, toutes les sensibilités.

Joëlle Milquet avait une vraie légitimité pour accomplir ce travail. Ce département lui convenait parfaitement, lui collait à la peau.

Et l'on ne peut qu'être sidéré voire inquiet quant à la manière très particratique dont sa succession est envisagée.

Les équilibres politiques nécessitent sans doute que la personne qui reprendra le portefeuille de l'Enseignement appartienne à la famille humaniste. Mais l'on sent bien, avec tout le respect dû au personnel politique de ce parti, que l'oiseau rare est bien difficile à désigner. Et qu'il ne sera pas simple de choisir un(e) remplaçant(e) "poste pour poste". Car Joëlle Milquet cumulait les compétence de l'Enseignement, de l'Enfance et de la Culture. Dès lors on échafaude des scénarios de succession qui nous semblent totalement biscornus, qui tiennent compte de sacro-saints équilibres régionaux. 

Or qu'est-ce qui doit compter dans la désignation du futur ministre de l'Enseignement: la compétence, la vision. Car l'école, c'est la base de tout. C'est là que naissent les équilibres ou les déséquilibres, c'est là que l'on forme les futures élites de la Nation. C'est là, aussi, que se creusent les différences, les inégalités. Si certains deviennent chômeur ou ingénieur, médecin ou terroriste, c'est parfois parce que le terreau scolaire a été, ou pas, propice.

Dès lors, plutôt que de chercher dans les boutiques ou les arrières-boutiques d'un parti qui n'a peut-être pas, aujourd'hui et maintenant, la personne capable de prendre la difficile et délicate succession de Joëlle Milquet, pourquoi le président du CDH, Benoît Lutgen, n'aurait-il pas l'audace, le cran de choisir un expert en dehors des arcanes particratiques ? 

Il y a, dans le monde de l'enseignement, des personnes qui pourraient porter ce projet, animer une réflexion ambitieuse et donner à l'école, à nos enfants et petits-enfants toutes les chances de réussir un bon départ dans la vie.

Chiche.


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