Édito: Avec la mort d'Elie Wiesel, l'humanité perd une lumière
C'est quand le monde marche de guingois, quand les hommes, parfois si stupides, si cupides, se perdent qu'il faut se remémorer les paroles de ceux qui ont su s'élever au-dessus des autres. Un édito de Francis Van de Woestyne.
- Publié le 04-07-2016 à 06h17
- Mis à jour le 04-07-2016 à 06h22

Un édito de Francis Van de Woestyne.
Comme s'il fallait, parfois, écrémer l'humanité, la priver de ses grands esprits, lui ôter ses phares, ses lumières, la mort nous a repris, en quelques heures, des hommes qui ont marqué leur temps. Des hommes qui ont, inlassablement, porté dans leur pays ou à l'échelle du monde, un message qu'il conviendrait de ne jamais oublier. Alors, oui, bien sûr, il n'y a pas eu que quatre décès, ce week end. Et la mort d'Elie Wiesel, de Michel Rocard, de Michael Cimino et d'Yves Bonnefoy paraît plus douce que celle des hommes et des femmes tombés sous les balles des barbares au Bangladesh et en Irak.
Mais précisément, c'est quand le monde marche de guingois, quand les hommes, parfois si stupides, si cupides, se perdent qu'il faut se remémorer les paroles de ceux qui ont su s'élever au-dessus des autres. La perte d'Elie Wiesel est incommensurable. L'homme avait fait de sa vie un combat pour que demeure dans les mémoires son indicible témoignage de la Shoah. Sans relâche, depuis la publication de "La Nuit" en 1958, il a dit et redit les dangers que font peser sur les civilisations les extrémismes, les nationalismes, les racismes de tout genre. Et bien sûr l'antisémitisme. A l'heure où ces saletés reviennent, à l'heure où les discours de haine se respectabilisent, les témoignages de ceux qui ont vécu les génocides sont à perpétuer. Plus que jamais. A jamais.La France a perdu un grand homme. Salué à gauche, au centre, à droite.
Même si certains ne voient en Michel Rocard qu'un beau parleur, que l'homme de tous les échecs, il aura, plus que d'autres, marqué sa génération. Par la pertinence de ses choix courageux, par la volonté qui fut la sienne de rendre un peu de morale en politique, il fut un modèle. A ces disparitions s'ajoutent celles du poète Yves Bonnefoy, du cinéaste Michael Cimino. Le monde politique, culturel, celui de la pensée s'est appauvri en quelques jours. Gardons en mémoire ce qu'ils ont été. Wiesel disait : "Si on oublie les morts, on les tue une deuxième fois".