Edito: On n'est pas sorti de l'auberge catalane
- Publié le 03-11-2017 à 06h43
- Mis à jour le 03-11-2017 à 08h10

Un édito de Jean-Claude Matgen.
Le parquet espagnol ne lâche pas les membres du gouvernement catalan destitué. Son procureur général demande qu'ils soient inculpés pour détournement de fonds publics, sédition et rébellion, ce qui peut aller chercher dans les trente ans de prison. Il a requis et obtenu, jeudi, une détention provisoire pour huit des neuf ministres qui se sont présentés devant la justice. Il a enfin demandé et obtenu que soit décerné un mandat d'arrêt européen contre leur chef Carles Puigdemont, qui a refusé de comparaître.
Depuis Bruxelles, M. Puigdemont a dénoncé un "procès politique". Artur Mas, son prédécesseur à la tête du gouvernement catalan, lui a apporté son soutien qualifiant de "légitime" sa stratégie et affirmant que les accusations contre les ex-dirigeants de la Generalitat constituaient un "abus de droit".
L'attitude de M. Puigdemont n'en fâche pas moins nombre d'indépendantistes, qui n'admettent pas que le capitaine du navire ait quitté celui-ci en pleine tempête et soit allé chercher protection en terre érangère, laissant ses troupes se défendre seules contre la vindicte judiciaire.
Cela dit, et quel que soit le jugement qu'inspire un comportement assez proche de la désertion, on ne peut plus dire de façon assurée, comme ce fut le cas en début de semaine, que la tactique de M. Puigdemont sera vouée automatiquement à l'échec.
Avec Me Paul Bekaert, le conseil de M. Puigdemont, nombre de juristes estiment qu'il faudra que la justice belge, dès lors qu'un mandat d'arrêt européen a été délivré par l'Espagne, examine sérieusement si les peines que risque le leader catalan ne sont pas disproportionnées, si ses droits fondamentaux ne sont pas menacés et si l'assurance d'un procès équitable est rencontrée. Bref, l'automaticité d'un renvoi en Espagne, voire d'un rejet d'une éventuelle demande d'asile, ne fait plus l'unanimité.
Quant aux politiques, belges, espagnols et européens, ils voient avec anxiété la crise non pas s'éteindre mais s'envenimer.