Edito: Les nouveaux "Justes"
- Publié le 23-01-2018 à 07h04
- Mis à jour le 23-01-2018 à 11h12
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Un édito de Francis Van de Woestyne.
La Commission de l’Intérieur de la Chambre doit discuter, ce mardi, d’un projet de loi permettant aux forces de l’ordre de pénétrer dans des lieux privés susceptibles d’accueillir des étrangers en situation illégale. En l’état, ce texte est inacceptable. Depuis de nombreuses années, la politique migratoire de la Belgique a toujours répondu à une double exigence : la fermeté ET l’humanité. La politique en la matière doit être stricte mais aussi exemplaire. Il s’agit de préserver une dignité collective que des générations de citoyens ont patiemment construite. Elle se vérifie au jour le jour : plus de 20 000 personnes se mobilisent actuellement pour offrir des conditions d’hébergement dignes aux migrants qui foulent le sol belge.
Le texte en discussion constitue, aux yeux de nombreux juristes, une atteinte disproportionnée à l’inviolabilité du domicile, un des principes essentiels de notre droit auquel on ne peut toucher que pour des crimes graves. Le séjour irrégulier doit relever du seul droit administratif et non être ainsi criminalisé. Les juges d’instruction, qui devraient autoriser les visites, estiment que le texte détruit leur indépendance. De plus, les dispositions, plutôt que d’assurer l’ordre, pourraient au contraire semer le désordre et faire fuir dans la nature des réfugiés qui vivraient alors dans une vraie clandestinité. Le malheur gronde aux portes de l’Europe et il faudrait que nous nous enfermions dans nos tours ? La Belgique ne peut évidemment résoudre seule la question migratoire. C’est au niveau européen que le problème doit être posé même si, là, la frilosité et le repli dominent. La Belgique se grandirait si elle provoquait une nouvelle réflexion permettant de bâtir une vraie politique de l’accueil responsable et humaine, voire un office européen des réfugiés qui se chargerait de les répartir équitablement entre les pays. Car pour l’instant, ce sont les citoyens qui doivent pallier les carences publiques en matière d’accueil. Ces "hébergeurs" sont la fierté de l’Europe : ils sont, en quelque sorte, les nouveaux "Justes".