Edito: Le discours de Macron à la Conférence des évêques était courageux, subtil, nécessaire
- Publié le 11-04-2018 à 07h51
- Mis à jour le 11-04-2018 à 11h04
Un édito de Francis Van de Woestyne.
Invité à s'exprimer par la Conférence des évêques de France, Emmanuel Macron s'est employé à resserrer les liens "relâchés" entre la République et les catholiques : il les appelle à réinvestir la scène politique, nationale comme européenne, à y apporter la vision propre à leur foi et "à retrouver le goût et le sel du rôle qu'ils y ont toujours joué". Ces propos ont été jugés insupportablement provocateurs pour une partie de la gauche laïque.
Mais où est le problème ?
Ce discours dérange alors qu'il est courageux, subtil et nécessaire. Courageux. Le président français n'a jamais caché sa vraie sensibilité spirituelle. Alors que beaucoup de dirigeants politiques réduisent leur pensée à quelques "tweets", Emmanuel Macron cherche à enrichir la réflexion sur la gestion de la société grâce aux idées des citoyens, notamment les catholiques. Peut-on le lui reprocher ? Ces paroles courageuses ne sont pas une invitation à réécrire la loi de 1905 sur la séparation entre Eglise et Etat. "L'Eglise, dit-il, n'est pas tout à fait du monde et n'a pas à l'être. Nous qui sommes aux prises avec le temporel le savons et ne devons pas essayer de l'y entraîner intégralement, pas plus que nous ne devons le faire avec aucune religion." Subtil. La gauche s'étrangle comme s'il faisait siennes toutes les paroles d'Eglise. Son discours est plus subtil. Pour certains, dit-il, l'Eglise est réactionnaire, pour d'autres, elle est trop audacieuse. Il a l'intelligence de ne pas ranger l'Eglise dans la catégorie des institutions conservatrices qu'il faudrait combattre. Il s'engage à l'écouter sans hausser les épaules, dans la confiance et le dialogue.
Nécessaire. Face au relativisme, au nihilisme, il appelle chacun à étancher une soif d'absolu. Ce besoin de spiritualité, cet appel au supplément d'âme, cette invitation à un engagement politique basé sur des valeurs d'humanité, de solidarité est un moment qu'il faut saluer, une pause salutaire, nécessaire dans le tourbillon d'un débat politique trop souvent marqué par le matérialisme.