Édito: Un séisme salutaire pour le football belge ?
- Publié le 10-10-2018 à 20h53
- Mis à jour le 10-10-2018 à 21h20

Un édito de Jean-Claude Matgen.
Une fois encore, le football belge est secoué par un scandale qui pourrait bien l'ébranler durablement. Lorsque l'affaire Zheyun Ye, du nom de cet homme d'affaires chinois véreux et actif dans les paris sportifs douteux, avait éclaté, voici quelques années, quelques noms importants de la compétition belge avaient été éclaboussés. Leur rôle dans le trucage de plusieurs matches avait été mis en lumière par la justice et des condamnations étaient tombées au bout d'une longue enquête et de deux procès.
Cette affaire avait mis en évidence la vulnérabilité d'un championnat belge nettement moins prestigieux que celui des grands pays de football et offrant donc davantage de prise aux aigrefins de toutes sortes.
L'enquête que mène aujourd'hui le parquet fédéral est nettement plus spectaculaire encore. Elle met en cause des personnalités très en vue et les clubs les plus huppés du pays.
À ce stade, les acteurs de ce mauvais feuilleton bénéficient tous de la présomption d'innocence mais les soupçons qui pèsent sur eux sont lourds. Le parquet fédéral évoque des transactions financières suspectes mises en place par des agents de joueurs et dissimulant aux autorités des commissions occultes. Des commissions qui portaient sur les transferts de joueurs mais aussi sur leur salaire et sur celui d'entraîneurs. On ajoutera à cela des soupçons d'influence possible, autrement dit de trucage, sur des matchs de la saison 2017-2018.
On parle donc d'organisation criminelle, de blanchiment d'argent et de corruption privée. Ce n'est pas rien. Et pour traquer les fraudeurs présumés, la justice a utilisé, mercredi, d'énormes moyens, frappant tous azimuts, en Belgique et dans plusieurs autres pays européens.
Ce qui est en jeu dans ce dossier, ce sont les relations sinon toujours troubles du moins souvent exagérément proches entre dirigeants de clubs et agents de joueurs, qui font parfois office de directeurs sportifs bis des clubs en question ; ce sont les liens douteux entre ces agents et des joueurs et des entraîneurs devenus des pions dans les mains de leurs "impresarios" aux allures de "maquignons" ; ce sont les dérives d'un football professionnel devenu un énorme marché mondial où tout, à commencer par les hommes, s'achète, se vend, se négocie, se traite à grands coups de montages financiers et fiscaux à faire pâlir les nababs de la finance ou de l'industrie.
Au milieu de tout ce jeu détestable, le public naïf des fans qui croient encore, envers et contre tout, à la beauté du sport et demeure prêt à payer (cher) pour applaudir les stars du ballon rond. Un public dont nous faisons partie, nous qui sommes trop souvent enclins à fermer les yeux sur des dérives pourtant insupportables. De ce point de vue, le coup de pied donné par la justice à la fourmilière footballistique belge pourrait s'avérer salutaire.