Edito: couler la Chine, puis se noyer ?

- Publié le 05-01-2019 à 07h12

Un édito de Dorian de Meeûs
Les supporters de Donald Trump justifient souvent leur soutien en pointant la santé de l'économie américaine et son taux d'emploi historiquement élevé. Les mesures protectionnistes annoncées en 2018 par le président américain avaient plusieurs motivations : l'application de son programme électoral, la création d'emplois dans l'industrie et la baisse du dollar qui rendrait les États-Unis plus concurrentiels. Autant d'arguments électoraux pour les Midterms de novembre dernier.
Et effectivement, à court terme, le secteur sidérurgique américain s'est remis à produire de l'acier. Entendez par là : augmentation des salaires, création d'emplois et usines sauvées. Du court terme donc, telle une étoile filante. Six mois après avoir assommé ses partenaires chinois et européens avec des annonces tonitruantes, Washington espère négocier en position de force. C'est la "méthode Trump", il donne un gros coup sur la tête de son interlocuteur, puis, sous l'effet du choc, il tente d'en obtenir un maximum.
Sauf que la réalité est nettement plus complexe que des slogans de 280 signes. Voyez plutôt, le déficit américain atteint un nouveau pic inédit en dix ans, la croissance décélère, le dollar se renforce, les Bourses s'affolent, les perspectives de l'activité manufacturière s'assombrissent, les représailles chinoises se révèlent proportionnées mais non moins douloureuses… Et, à l'OMC, les plaintes s'accumulent dans tous les sens. Les craintes se confirment, l'économie mondiale est plombée par tant d'incertitudes.
Dès lundi, à Pékin, et après des mois de hausses mutuelles de droits de douane, Chinois et Américains se mettront autour de la table à la recherche d'un big deal. La Chine fait preuve de bonne volonté en acceptant l'importation de riz américain, en passant des grosses commandes de soja et en gelant ses surtaxes douanières sur les voitures et pièces automobiles.
Malgré l'affolement des marchés, Donald Trump persiste et signe. Il voit la Chine aux abois. Sauf qu'à l'image de Wall Street, du shutdown et des géants comme Apple, les États-Unis n'arriveront pas vraiment en position de force autour de la table de négociation. À force de vouloir couler son adversaire, Trump évitera-t-il sa propre noyade ?