Edito: au Liban, la morale doit primer la religion
Un édito signé Hubert Leclercq.

- Publié le 12-08-2020 à 06h41
- Mis à jour le 12-08-2020 à 06h45

Le constat est terrible et sans appel : aujourd'hui, l'avenir du Liban, dont la capitale a été ravagée par deux terribles explosions le mardi 4 août, est totalement compromis. Pas seulement, loin de là, par ce stock de nitrate d'ammonium abandonné de façon criminelle en plein cœur du port de Beyrouth, mais surtout par la faillite totale de l'État libanais, par la mainmise sur le pouvoir d'une élite incapable de dépasser ses divisions et de transcender ses intérêts claniques.
Il faut lire Amin Maalouf dans son roman Les Désorientés. L'auteur franco-libanais met en scène un personnage qui lui ressemble trait pour trait et qui revient pour la première fois dans son pays d'origine - dont le nom n'est jamais cité. Ce "héros" regarde son pays sans fard, sans hostilité, avec le juste recul de ceux qui sont partis mais sans jamais rompre les liens. Constatant la piètre gestion politique du pays, il lâche : "Parce qu'ils ont une religion, ils se croient dispensés d'avoir une morale". La catastrophe du Liban est résumée en ces mots. Depuis l'indépendance du pays, la vie politique libanaise est bâtie sur un équilibre fragile. La présidence de la République aux catholiques (maronites), la tête de l'exécutif aux sunnites et la présidence de la Chambre aux chiites. Ce système permet aux principales composantes de la société d'avoir leur mot à dire au sommet de l'État. Mais aujourd'hui, force est de constater que ce système est complètement dévoyé. Les structures de l'État reposent essentiellement sur le clientélisme, sur quelques clans. La difficulté, dans ce pays planté au milieu d'une région complexe, c'est que remettre en cause ce système confessionnel ne ferait qu'exacerber les tensions et accélérerait l'effondrement du pays. Ce système doit être conservé mais il doit être modernisé. Le souci, c'est que pour y parvenir il faut trouver autour de la table des négociations des personnes suffisamment indépendantes. Le Liban ne s'en sortira que grâce aux Libanais qui feront primer… la morale et non la religion.