Edito: un bazooka contre l'évasion fiscale
Un édito de Laurent Lambrecht
- Publié le 03-06-2021 à 21h32
- Mis à jour le 04-06-2021 à 06h49

Qui aurait cru, il y a quelques années encore, que le G7 allait débattre d'un taux minimum mondial de taxation des multinationales ? Le club des vieilles économies riches de la planète doit pourtant évoquer cette réforme historique, ce vendredi à Londres. L'arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche a eu le mérite de relancer des discussions internationales mal embarquées depuis que Donald Trump en avait claqué la porte. Le démocrate a aussi revu les ambitions de la mesure à la hausse. Alors qu'un taux de 12,5 % était jusqu'alors évoqué, il a placé la barre haut avec son taux de 21 %. Amusant quand on se rappelle qu'il est originaire du Delaware, un paradis fiscal notoire. Depuis lors, Joe Biden a accepté un plancher de 15 %, vu la timidité des réactions européennes.
Un taux minimum mondial, c'est un bazooka contre l'évasion fiscale. Quel serait encore l'intérêt pour une multinationale d'être taxée à 2 % dans un paradis fiscal, si le pays de la maison-mère peut prélever la différence avec le taux minimum ? Bien sûr, l'Europe ne devra pas accepter n'importe quoi dans ces négociations. Les Américains ont toujours voulu du taux minimum mondial. Mais Donald Trump n'était pas prêt à accepter sa contrepartie : une taxation des Google, Facebook, Apple ou Microsoft... Joe Biden a fait un geste afin de débloquer les négociations internationales. L'Europe doit maintenant s'assurer que ce geste est suffisant. Les Vingt-Sept doivent pouvoir mettre en place leur propre taxe numérique sans risquer de subir des mesures de rétorsion de la part des États-Unis.
Les petits pays, comme la Belgique, doivent aussi penser à maintenir leur compétitivité. Notre pays a attiré de nombreuses entreprises pharmaceutiques grâce à son attractivité fiscale. Il faut maintenant penser à être attirant d'une autre façon. Cela tombe bien, une étude du Bureau du Plan a conclu que diminuer l'impôt des sociétés via différentes niches fiscales n'était pas forcément la meilleure façon de générer de l'activité. Des mesures de soutien, comme celles facilitant l'engagement de chercheurs, seraient plus efficaces.
