L'heure des choix difficiles a sonné
Un édito de Maria Udrescu.

- Publié le 12-03-2022 à 07h04
- Mis à jour le 12-03-2022 à 10h33

À force d'avoir sans cesse reporté les décisions nécessaires à la résilience géopolitique de l'Union européenne, les Vingt-sept (se) sont condamnés à agir dans l'urgence. La guerre déclarée par la Russie en Ukraine a bouleversé le cours du monde. Ainsi que les certitudes des pays d'Europe occidentale, qui refusaient d'écouter ceux qui, à l'est du continent, pressentaient les poussées impériales de la Russie. Jeudi et vendredi, ce sont donc vingt-sept dirigeants marqués par le retour de la guerre en Europe qui se sont réunis au château de Versailles, avec deux objectifs. Le premier : trouver les moyens de soutenir l'Ukraine et mettre fin à l'insupportable violence qu'elle subit. L'Union européenne a beau se féliciter de son unité et assurer du succès des sanctions sévères adoptées contre la Russie, celle-ci n'en continue pas moins de mettre l'Ukraine à feu et à sang. Or, les États membres ont épuisé les options leur permettant d'affaiblir le Kremlin sans trop nuire à leurs propres intérêts. Le paradoxe est cruel : "Nous finançons la guerre de la Russie en lui achetant du gaz et du pétrole", a déclaré la Première ministre finlandaise Sana Marin, mettant ainsi les mots sur l'autre impératif des Vingt-sept, celui de se libérer aussi vite que possible de leur dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou.
Face à ces défis colossaux, le danger de la désunion et des atermoiements guette à nouveau. À Versailles, les leaders européens ont soutenu du bout des lèvres les "aspirations européennes" de l'Ukraine, sans cacher leurs divisions sur son éventuelle adhésion.
Ils se sont engagés à se défaire de leur addiction aux hydrocarbures russes, mais peinent à s'entendre sur un calendrier, les uns étant plus dépendants que d'autres.
Or, c'est à l'heure d'opérer les choix les plus difficiles que l'Union devra faire la preuve de sa cohésion et de sa détermination. Elle doit les poser sans délai, pour contraindre Vladimir Poutine à mettre fin à la guerre, mais aussi pour affirmer sa raison d'être, se profiler en tant que puissance capable de prendre en main son propre avenir et d'y inclure ceux qui aspirent à le partager. Attendre d'y être forcée par l'escalade de l'horreur serait un terrible aveu d'impuissance.