Attentats de Paris : un procès ordinaire

Un édito de Dorian de Meeûs.

Attentats de Paris : un procès ordinaire
©AFP

Les faits jugés à Paris étaient particulièrement graves. Le 13 novembre 2015, une série d’attaques simultanées perpétrées dans la capitale française a brutalement ôté la vie à 131 personnes, et blessé 350 personnes. Revendiqués par l’État islamique, ces attentats sont les plus sanglants et meurtriers jamais commis en France. Ce bilan n’aurait été aussi spectaculaire sans une coordination étroite entre plusieurs équipes de terroristes opérant à quelques minutes d’intervalle.

Personne n’était directement visé, la cible étant notre société occidentale et démocratique dans son ensemble.

Face à une telle tragédie et l'incommensurable émotion qu'elle suscite, il peut y avoir des tentations d'appliquer une justice d'exception. Ce qui serait une erreur. Le président de la cour d'assises de Paris l'a bien compris. D'entrée de jeu, il a tenu à ce que cela soit un procès ordinaire. Salah Abdeslam, lors de la première audience, indiquait comme profession : "Combattant de l'État islamique". Le président Périès l'a recadré : "Dans le dossier, j'avais 'intérimaire'."

Avant ce procès, il restait d’importantes zones d’ombre dans le dossier. Que devait faire Salah Abdeslam et a-t-il renoncé ? Pourquoi Abrini est-il rentré mystérieusement dans la nuit du 12 au 13 en taxi à Bruxelles ? Quels étaient les projets de Krayem et Ayari qui ont fait un aller-retour le 13 novembre à Schiphol ? Certes, Abdeslam et Abrini ont donné des explications, mais peu convaincantes. Ayari et Krayem se sont tus. C’est le lot des assises : toutes les zones d’ombre ne disparaissent pas. Est-ce un échec pour autant ? Non, car des victimes et leurs familles, constituées parties civiles, ont assisté en nombre au procès. En entendant les derniers mots des accusés, elles ont parfois réagi de manière quasiment empathique avec certaines "petites mains" qui n’ont participé que de manière marginale. Le mérite de ce procès, c’est donc aussi d’avoir permis d’éviter la soif de vengeance. Car, parvenir à une forme de réconciliation permet de faire son deuil, ce que n’offrent nullement la vengeance ou la colère.