Faire tourner la France et non la bloquer

Un édito de Francis Van de Woestyne.

Faire tourner la France et non la bloquer
©AFP

Emmanuel Macron aurait sans doute rêvé d’un autre scénario pour son second quinquennat. Épinglons les difficultés à surmonter. Et les opportunités qu’il pourra saisir.

La première difficulté tient à l’humeur politique chez nos chers voisins et amis. Nous ne dirons pas que le système belge et le climat politique y sont plus dignes, plus faciles. Mais il nous semble qu’au fil des ans, les débats hexagonaux sont devenus d’une violence inouïe à l’égard des idées et des personnes. Les réseaux sociaux n’y sont pas étrangers. Mais dans tout débat, les déclarations politiques sont d’emblée brutales. Pas de nuance. La question est de savoir si les hommes et femmes politiques ressemblent aux Français ou si, au contraire, les gens s’inspirent de la violence des débats politiques. Ainsi, avant même que le nouveau gouvernement de la Première ministre ait été annoncé, l’opposition a embouché la trompette et s’est répandue en propos déchaînés.

La deuxième difficulté tient à ce qui est vécu comme un saut dans l’inconnu parce que le Président ne disposera plus d’une majorité absolue au Parlement, ce qui était, jusqu’alors, une quasi-exception européenne. Puisque la tradition n’est pas de conclure des accords de coalition, le gouvernement devra aller à la pêche pour trouver les voix manquantes. Et l’on peut déjà prédire la tonalité des débats : lorsque la droite viendra à son secours, Emmanuel Macron sera traité de "facho". Il sera un "gaucho" lorsque (ce sera plus rare) des députés de la France Insoumise l’aideront. "Compromis" semble être un gros mot dans le lexique politique français. Pourtant oser un compromis, cela n’est pas se compromettre.

Cela dit, quand un texte positif sera déposé, les Français seront les témoins directs de l’attitude de leur député. Refuseront-ils des projets qui amélioreront le pouvoir d’achat, la santé, la mobilité, l’environnement, l’école ?

Ces cinq années seront difficiles. Car la crise, la guerre, l’inflation amputeront une partie des moyens des États. Il appartient au président Macron, mais aussi aux groupes politiques de démontrer qu’ils sont là pour faire tourner la France, dans l’intérêt des citoyens, et non de la bloquer. Sinon, le Président pourra toujours dissoudre l’Assemblée. Ou démissionner.