L'égarement stratégique d'Emmanuel Macron
Un édito de Philippe Paquet.

- Publié le 11-04-2023 à 23h51

Et si, conçu pour détourner l'attention de la crise des retraites, le voyage d'Emmanuel Macron en Chine n'avait fait que confirmer l'incapacité du président français à exercer sa fonction de façon judicieuse et convaincante ? On ignore, certes, ce qu'il a réellement dit à Xi Jinping durant leurs quatre heures de tête-à-tête, mais les propos qu'il a ensuite confiés aux journaux Les Échos et Politico laissent pantois, pour ne pas dire qu'ils font froid dans le dos – et d'autant plus que l'Élysée a corrigé le texte avant parution pour l'édulcorer.
Macron entendait promouvoir à Pékin sa théorie de "l'autonomie stratégique" pour éviter aux Européens d'être "des vassaux" (sic) de l'Amérique comme de la Chine, comprend-on, lesquelles sont ainsi curieusement mises sur le même pied. Si l'on ne peut qu'applaudir l'ambition de bâtir une Europe forte et indépendante, avec l'espoir de l'ériger un jour en superpuissance, faut-il pour autant malmener la relation transatlantique qui demeure, qu'on le veuille ou non, la clé de voûte de la sécurité européenne ? Et a fortiori au moment précis où l'Occident doit opposer un front uni à l'agression russe contre l'Ukraine – et contre l'Europe ?
Le discours de Macron sur Taïwan est encore plus inconvenant et inopportun. En considérant que les Européens n'ont pas à "s'adapter au rythme américain et à une surréaction chinoise", le Président paraît imputer aux États-Unis les tensions actuelles. Et, en affirmant que la question taïwanaise ne devrait pas figurer à l'agenda européen, il trahit un manque de vision et de solidarité consternant : des élus américains ont été prompts à répondre qu'ils voulaient bien s'occuper seuls de Taïwan, en laissant les Européens se débrouiller avec l'Ukraine. Enfin, en affectant de se désintéresser du sort de Taïwan (une démocratie de 23 millions d'habitants), Emmanuel Macron a surtout envoyé un signal très dangereux à Xi Jinping, de nature à lui laisser croire qu'il avait les mains libres. Cela n'est pas sans rappeler l'imprudence dramatique de l'Administration Truman qui, en janvier 1950, prétendit ne plus vouloir se préoccuper de l'Asie orientale. Cinq mois plus tard, la guerre de Corée éclatait.