Israël ira jusqu'au bout, à Rafah
Le gouvernement de Benjamin Netanyahou doit mettre tout en œuvre pour protéger les civils palestiniens à Rafah. Un édito signé Vincent Braun.
- Publié le 18-02-2024 à 20h50
Des enfants courent, improvisent une tyrolienne avec des câbles électriques abandonnés, tournent sur une petite roue à nacelles. Ici, autour de Rafah, près d'un million et demi de personnes sont acculées à la frontière égyptienne. Et rien n'indique qu'un nouveau drame pourrait se produire dans cette zone à l'extrême sud de la bande de Gaza, quand l'armée israélienne lancera son assaut. Tsahal a promis il y a quelques jours une "opération puissante", des mots qui disent qu'elle ira bien pourchasser le Hamas dans son dernier bastion, quelque quatre mois et demi après lui avoir déclaré la guerre. Ce ne sont pas les États-Unis qui l'en dissuaderont, ceux-ci ayant annoncé qu'ils opposeront leur veto à une résolution de cessez-le-feu immédiat mise au vote ce mardi à l'Onu. Cela ne signifie pas un blanc-seing pour autant.
Le gouvernement de Benjamin Netanyahou doit tout mettre en œuvre pour protéger les civils palestiniens et veiller à ce qu'une aide humanitaire vitale leur parvienne de manière efficace et immédiate. C'est ce que lui a d'ailleurs ordonné la Cour internationale de justice (CIJ), suite à une plainte déposée par l'Afrique du Sud. Pourtant, trois semaines après cette décision, Israël est loin de se conformer à la sentence. Un millier de conteneurs d'aide humanitaire, pour l'essentiel alimentaire, destinés à la population de Gaza ont été bloqués la semaine dernière dans le port d'Ashdod, à une trentaine de kilomètres au nord de Gaza. C'est inacceptable.
L'Afrique du Sud a porté une nouvelle requête devant la CIJ dans l'espoir que celle-ci ordonne une trêve, arguant qu'une nouvelle situation pouvait apparaître où les conditions de vie seraient dégradées et la fourniture de l'aide humanitaire entravée. Un scénario loin de favoriser la décision judiciaire de fin janvier. Dos à la barrière frontalière, la moitié de la population du territoire palestinien n'a aucune échappatoire. À moins d'une évacuation, promise par Israël, vers des zones plus au nord et à l'ouest de Rafah. À moins que l'Égypte ouvre sa frontière, alors qu'elle s'y refuse, et accueille les Gazaouis par souci d'"humanité". C'est peut-être pour cela que Le Caire prépare en catimini un plan B : des campements provisoires dotés de services de base. D'ici là, des bambins continuent de jouer face aux grilles, sur lesquelles leur innocence pourrait bien se fracasser.