Edito

"Il faut bien que quelqu’un commence en Amérique du Sud", disait l’an dernier le président uruguayen Mujica en lançant le processus qui doit aboutir, ce mardi, à l’organisation par l’État de la production et de la commercialisation du cannabis. "Parce que nous sommes en train de perdre la bataille contre les drogues et la criminalité sur le continent."

Et seuls, sans doute, Mujica et l’Uruguay peuvent être ces audacieux. Le premier parce qu’il est l’un des rares chefs d’État du monde dont il est impossible de soupçonner qu’il se lance dans cette aventure pour s’enrichir.

Le second parce qu’il est le pays le moins corrompu du continent. Parce que sa population est homogène (plus de 87 % sont descendants d’Européens) et que les différences sociales sont moins grandes que chez ses voisins. Parce qu’il est peu touché encore par la criminalité liée au trafic de drogue. Parce que sa population, éduquée, a fait preuve de sens civique au cours de l’histoire. Parce que ce pays a "l’habitude" d’être à l’avant-garde : création de l’école publique gratuite en 1877; abolition de la peine de mort en 1907; droit des femmes à réclamer le divorce en 1913; séparation de l’Église et de l’État en 1916…

Autant de raisons pour lesquelles, en cas de réussite de "l’expérience" lancée par Montevideo, elle ne sera pas automatiquement transposable aux autres pays du continent déjà dévastés par les narcotrafiquants.

Cela n’empêche pas d’essayer, malgré les risques, reconnus par le président Mujica. Et de chercher encore d’autres solutions au calvaire des pays sous la botte du narcotrafic.