Un édito signé Gilles Milecan.

Je ne suis pas un humoriste. Je ne porte pas cette parfois si commode étiquette. 

Contrairement à Dieudonné, je ne déclenche pas les rires d’un public acquis à ma cause, complice de mes blagues connues d’avance pour avoir été diffusées viralement. J’ai la liberté de m’exprimer mais je n’ai pas l’avantage d’avoir les rieurs de mon côté. Je n’ai jamais exercé l’humour en duo, ou alors à mon insu. Je ne peux donc pas tout dire "pour rire". 

Je ne peux pas dénoncer sarcastiquement l’ambiguïté de Dieudonné, voire la puanteur de ses propos, je ne peux pas démonter vanne après vanne son programme anti-sioniste, je ne peux pas ironiser sur le parrainage de son enfant par un extrémiste de droite, ni cracher symboliquement sur les négationnistes. Car comme je ne suis pas un humoriste, je n’ai pas le soutien inconditionnel de ceux qui me croiraient contestataire. 

Dommage, je pourrais moi aussi brandir le politiquement incorrect comme s’il était synonyme de "ce que tout le monde pense en réalité" et m’en servir pour dénigrer, insulter et haïr à bon compte. Je pourrais camoufler mes outrages gestuels derrière des significations tarabiscotées et multiples.

M’interdire de parler ne servirait qu’à accroître ma popularité. J’attendrais en ricanant que l’on m’affronte sur le terrain des idées. 

Bâillonner quelqu’un n’anéantit ni ses convictions, ni son aura. Ce sont des arguments de fond que devrait exprimer le ministre français de l’intérieur Manuel Valls pour enrayer le regain de vigueur de Dieudonné, et non imaginer des extensions à une législation qui permet déjà, et cela a déjà été le cas, de le sanctionner.