Edito

Un édito de Dorian de Meeûs.

Le coup d’Etat militaire manqué en Turquie, ainsi que la riposte sévère et violente qui s’est abattue sur les putschistes quelques heures plus tard, rappellent que ce grand pays est loin d’être une grande démocratie. Des milliers de militaires, policiers, juges, journalistes et opposants politiques ont été virés, arrêtés, emprisonnés, parfois même lynchés par les partisans du président turc. Recep Tayyip Erdogan veut maintenant relancer le débat sur la peine de mort, histoire d’écraser définitivement tout risque d’opposition.

Depuis son arrivée au pouvoir en tant que Premier ministre en 2003, le "sultan" n’a cessé de s’imposer comme un leader imperturbable, manipulateur et dangereux, n’hésitant pas à faire taire toutes critiques et à utiliser l’islam comme justification politique.

Aucune démocratie ne peut se développer dans ces conditions, soit le régime tombe dans le totalitarisme, soit le peuple se défait de son leader pour retrouver ses libertés.

Un siècle après le génocide arménien, le gouvernement turc – ainsi qu’une large partie de la population – refuse toujours de reconnaître cette tragédie. Pire, il tente par tous les moyens d’étouffer sa mémoire collective. Un négationnisme d’Etat assumé alors même qu’il poursuit impunément ses crimes contre des Kurdes.

L’Europe fait mine de discuter de l’adhésion de la Turquie dans l’Union pour obtenir ici et là un soutien stratégique (crise des migrants, guerre contre Daech…). Mais les Européens réalisent que tout cela n’est que mirage, que le processus d’adhésion est à des kilomètres d’un éventuel aboutissement. Alors, cessons ce jeu entre diplomaties occidentales et affirmons-le franchement, la Turquie qu’Erdogan a fait dériver n’a pas sa place dans l’Union européenne. Celle-ci est déjà suffisamment affaiblie pour accepter l’arrivée d’une puissance régionale instable, divisée, négationniste, violente et opposée à la liberté de la presse.

Laisser planer une telle adhésion de la Turquie, alors qu’il faudrait sans doute plusieurs décennies pour y parvenir dans des circonstances "normales", c’est renforcer les populistes qui agitent régulièrement cette éventualité comme argument massue, puis c’est conforter tous ceux et celles qui militent pour de nouveaux Brexit.

Ne faisons plus semblant, la Turquie d’Erdogan ne partage pas nos valeurs.