Un édito de Gilles Toussaint.

Symbolique, le dossier désormais sulfureux du détachement des travailleurs européens l’est assurément.

Parce que le principe, noble, de la libre-circulation des personnes constitue une pierre fondamentale de la construction européenne.

Parce qu’en le détournant sans vergogne pour en faire un instrument de dumping social, certaines entreprises peu scrupuleuses contribuent à transformer l’Europe en repoussoir.

Parce que cette affaire est le symbole même d’un projet communautaire inachevé, où le laisser-faire au nom de la compétitivité a ouvert la porte à trop d’excès.

On entend bien les arguments du patronat pour qui ces abus sont le fait d’une minorité. Et pour qui, dans une économie mondialisée, il faut en passer par là; le temps qu’un équilibre s’établisse entre le niveau de vie des différents Etats membres. Mais dans le contexte actuel de repli populiste et de xénophobie rampante, laisser planer le sentiment qu’on oppose les travailleurs européens les uns aux autres pour en tirer le meilleur parti pourrait contribuer à bloquer durablement et dangereusement le moteur de l’Union.

Il est au contraire plus que temps d’ouvrir enfin sérieusement le chapitre de l’Europe sociale, en jetant les ponts d’une harmonisation par le haut. Histoire de démentir l’impression chez un nombre grandissant de citoyens qu’ils sont une variable d’ajustement et non les vrais bénéficiaires de ce grand marché qu’on leur a tant vanté.

S’ils refusent cette évidence, les Vingt-huit offriront un boulevard aux eurosceptiques lors du prochain scrutin. Ce qui n’augure ni d’une Europe plus solidaire, ni d’un futur plus prospère.