Edito

Un édito signé Annick Hovine.

Pas de panique ! On ne propose pas d’ouvrir tout grand les portes des établissements pénitentiaires. Mais de renverser la logique. La population carcérale tourne aujourd’hui autour de 10 900 détenus. Elle est en diminution - on a été jusqu’à 12 000. C’est une lueur d’espoir, mais elle est faible. Parce que les prisons belges, la plupart surpeuplées, restent de vastes parkings dans lesquels on envoie délinquants et criminels "faire leur temps". On enferme et on ferme les yeux. Un temps mort, où rien ne se passe. Un temps qui devient mortel en cas de grève.

Pour lutter contre la surpopulation, il faudrait commencer par vider les prisons de tous ceux qui n’ont rien à y faire. Quel est l’intérêt d’envoyer derrière les barreaux un toxicomane qui a volé pour se procurer sa came ? Pourquoi condamner à un an d’emprisonnement un chauffard qui roule sans permis et sans assurance ? Et pourquoi - mesure récente - allonger de 25 à 40 jours le délai d’appel avant d’obtenir un bracelet électronique ?

Parce que, dans notre système pénal, la peine de prison reste la peine de référence alors qu’elle devrait être réservée aux condamnés qui représentent un danger pour la société. Il y en a. Il faut les écarter, provisoirement, pour les empêcher de nuire.

Pour les autres, il y a des peines alternatives plus intelligentes, plus adéquates, plus efficaces - et donc plus sûres. Mais envoyer en prison est devenu un réflexe. On gère même certains problèmes sociaux par la détention préventive : les vols "alimentaires" commis par des sans-papiers, des sans-abri, des Roms…

Nos prisons débordent. Et elles sont incapables, à cause de cette surpopulation, de préparer la réinsertion de ceux qui, un jour ou l’autre, réintégreront la société.

Alors, pour leur donner de l’air, vidons les prisons de ceux qui n’ont rien à y faire. Ou, mieux encore, évitons de les remplir.