Un édito de Guy Duplat.

Il y a des moments rares dans l’histoire des hommes : quand Bach compose ses sonates, quand Rembrandt peint le mystère humain… Les découvertes scientifiques majeures procurent les mêmes émotions. La découverte du boson de Brout-Englert-Higgs, près de 50 ans après que le mécanisme a été trouvé, fut un moment comme cela. 

Et voir aujourd’hui François Englert couronné par le Nobel procure une joie rare. Celle de voir consacrées l’intelligence, l’humilité devant les faits, la ténacité, la volonté coriace et joyeuse de percer les secrets du monde et d’éloigner les ténèbres de l’ignorance. Ce merveilleux moment doit être aussi un encouragement à investir dans la recherche fondamentale, celle qui, comme l’art, comme l’amour, n’exige pas de rendement immédiat, ne "sert" directement à rien, sauf qu’elle est le sel et la grandeur de notre vie sur terre. 

Puisse l’exemple d’Englert insuffler un goût nouveau et des vocations pour les sciences. Ce boson ouvre la voie à des perspectives vertigineuses, comme fut bouleversante la découverte de l’ADN en biologie. Que l’homme puisse percer ainsi le mystère des choses est une source d’émerveillement. Einstein disait que "la chose la plus incompréhensible à propos de l’univers est qu’il est compréhensible". Rien n’indiquait que notre esprit puisse le comprendre et l’exprimer dans des lois simples et unificatrices. La joie d’Englert ressemble à celle du mathématicien qui, comme lui, cherche à percer l’obscurité qui nous entoure. Un mathématicien, Michael Atiyah, disait que "sans le rêve, il n’y a ni art, ni mathématiques, ni vie". François Englert nous fait rêver !