Un édito de Francis Van de Woestyne.

Rares sont les hommes politiques qui ont à ce point personnalisé un pays. Par sa longévité politique, par l’influence qu’il a exercée sur le devenir institutionnel du pays, par cette capacité à se confondre avec le citoyen belge, Wilfried Martens a imposé son nom dans l’histoire. Ce fut un homme d’Etat, un homme de parole, un homme de cœur. 

Homme d’Etat, il ne le fut pas de manière spontanée. Il fallut du temps avant que le jeune flamingant n’évolue vers le fédéralisme, une notion alors révolutionnaire. Bientôt, ce fut un idéal : acquis à l’idée que la Belgique ne tiendrait pas si elle restait unitaire, et donc, selon lui, dominée intellectuellement par des francophones brimant la majorité flamande, Wilfried Martens ne dévia jamais de sa ligne : le fédéralisme. Mais le fédéralisme d’union. C’est là son héritage. 

Homme de parole. Pour Wilfried Martens, la structure fédérale supposait que les hommes politiques chargés de la gérer disposent tous de cette qualité rare : la loyauté. Pas besoin d’un écrit : pour lui, la parole donnée était sacrée. S’il a tenu si longtemps, s’il a été à ce point respecté, c’est surtout parce qu’il avait le sens du devoir mais aussi de la parole. Quitte à être mal-aimé au CVP. 

Homme de cœur. Son ascension politique et sociale pouvait laisser croire que cet homme avait tout pour être heureux. Il y a eu dans sa vie des drames, des fractures, des douleurs que le temps n’efface pas. Jamais il ne s’est plaint, considérant que son devoir lui imposait cette retenue. Martens s’en va. L’évolution des mentalités en Flandre est un fait dont il faut tenir compte. Mais si l’on veut garder l’espoir de maintenir ce pays, il faudrait que la Flandre produise d’autres Wilfried Martens. Où sont-ils?