Edito de Philippe Paquet 

Vladimir Poutine, à la différence de son prédécesseur Boris Eltsine, ne se serait jamais résigné à la disparition de l’Union soviétique. Il n’a de cesse, en effet, d’essayer de la reconstituer par bribes et morceaux, ainsi que l’Ukraine s’en rend compte au fil des guerres du gaz ou des barouds de frontières.

Russes et Ukrainiens sont de nouveau engagés dans un bras de fer depuis que Moscou a ordonné un renforcement des contrôles douaniers sur les marchandises ukrainiennes, excès de zèle bureaucratique qui a pour effet de paralyser les exportations de Kiev vers son deuxième plus gros marché extérieur. Le Kremlin ne fait aucun mystère des raisons qui l’ont poussé à agir ainsi. Il s’agit, a déclaré Sergueï Glaziev, un des conseillers du président Poutine, de montrer à l’Ukraine ce qui l’attend si elle commet l’erreur "suicidaire" (sic) de signer, en novembre, un accord d’association avec l’Union européenne.

L’Ukraine est le berceau historique de la Russie - on l’appelle éloquemment la "petite Russie". On comprend que les Russes, et leurs dirigeants en particulier, y soient sentimentalement attachés. Cela étant, l’Ukraine est désormais un Etat souverain qui a fait le choix de réduire sa dépendance économique à l’égard de la Russie en développant ses échanges avec l’UE (devenue son premier partenaire commercial). Le harcèlement d’un autre âge auquel se livre le Kremlin ne peut avoir pour conséquence à long terme que d’éloigner davantage Kiev de Moscou. L’Ukraine a d’ores et déjà réduit d’un tiers ses importations de gaz russe et compte doubler l’an prochain ses approvisionnements énergétiques en Europe.