C’est le résultat qu’une majorité d’Américains, mais aussi de citoyens et de dirigeants du monde entier, espérait, sans toujours oser y croire. L’élection historique du 3 novembre 2020 a finalement renvoyé Donald Trump à sa tour new-yorkaise et rendu la Maison-Blanche à un homme dont on attend – en guise de premier changement fondamental – qu’il se comporte avant tout comme une personne décente et, pour tout dire, normale.

N’en déplaise à ses admirateurs – et on peut regretter qu’ils soient encore nombreux, y compris chez nous –, Donald Trump fut, sans l’ombre d’un doute, le pire président de l’histoire américaine. C’est le jugement que forment non seulement les Démocrates et la presse soi-disant de gauche, mais beaucoup de Républicains, y compris de grandes personnalités du parti et de hauts responsables des Administrations précédentes, plus désolés les uns que les autres de constater à quel niveau est tombée la présidence des États-Unis au fil des quatre années écoulées.

Cette appréciation n’a rien d’idéologique. Elle repose sur la simple observation des faits. Donald Trump s’est montré incroyablement ignorant et incompétent. Il a pourtant fait preuve d’un orgueil et d’un narcissisme hallucinants. Il n’a cessé de mentir, sur tout et sur rien, gonflant ridiculement son bilan et exagérant son ardeur au travail (alors qu’il a passé la moitié de son mandat sur ses parcours de golf). Il s’est continuellement exprimé de façon grossière, voire vulgaire, non seulement à propos de ses adversaires politiques, mais aussi de ses amis ou alliés, qu’il a souvent traités de façon cavalière, avant de les virer à une cadence frénétique.

On retiendra surtout une stupéfiante absence d’empathie. Pour les victimes de l’ouragan Maria à Porto Rico ou celles des bavures policières à Minneapolis ou Kenosha, Donald Trump n’eut qu’indifférence ou mépris. C’est, toutefois, l’épidémie de Covid-19 qui a donné la pleine mesure de ce trait de caractère. Non seulement le Président n’a cessé de sous-estimer la gravité de la situation (un « canular démocrate », a-t-il dit d’une crise qui a fait plus de 230 000 morts aux États-Unis), mais, après avoir été lui-même infecté, il a aussi encouragé ses compatriotes à ne pas se laisser impressionner et à ne pas se protéger.

La présidence de Donald Trump aura été dominée de bout en bout par une obsession : Barack Obama et son exceptionnelle popularité. À défaut de pouvoir égaler ou dépasser son prédécesseur, le Président s’est efforcé de démolir tout ce qu’il avait fait, de la santé à l’environnement. Pour rivaliser avec lui en politique étrangère, il n’a pu que déchirer plusieurs accords et traités, avant de se jeter dans les bras du Premier ministre israélien pour ruiner le rôle d’arbitre que l’Amérique pouvait jouer dans le conflit israélo-arabe.

L’issue largement inattendue des primaires démocrates a fait que c’est l’ancien bras droit de Barack Obama qui investit aujourd’hui le bureau Ovale. En politique depuis un demi-siècle, Joe Biden n’est pas a priori le symbole le plus évident du renouveau, pas plus qu’il n’est l’incarnation idéale, à 77 ans, du rêve américain. Mais il a l’humanité et l’humilité, l’expérience et le réalisme qui ont si cruellement fait défaut à Donald Trump. Il va lui falloir refaire tout ce qui a été défait, puis relancer, créer, innover. Il devra surtout apaiser, rassembler, réconcilier. Il sait qu’il aura contre lui, dans cette entreprise, un climat politique toxique dans lequel les deux grands partis n’arrivent plus, depuis longtemps, à œuvrer côte à côte pour le bien commun. Au moins Joe Biden appartient-il à cette génération qui parvenait encore à surmonter les clivages partisans. C’est peut-être son meilleur atout.