Il y a quelques années, lorsque Pantani ou Armstrong s’envolaient dans les montagnes du Tour de France à la recherche de victoires, de maillots jaunes et de gloire, le supporter s’émerveillait. Quel style, quel panache, quelle démonstration de force et de grâce mêlées !

Le supporter a appris à déchanter. Tout cela n’était que le fruit d’une supercherie nommée dopage. Il a fallu du temps pour que la vérité fût dite. Pantani est mort, Armstrong est une icône déchue, d’autres ont disparu des écrans, en emportant leurs secrets dans leur musette ou en avouant, tardivement, leur faute. On nous a promis un nouveau cyclisme, lavé de toute tare, nettoyé de ses docteurs Mabuse et de ses tricheurs. Or, que faut-il constater ? Que le soupçon est accroché aux basques du peloton comme la sangsue au dos du pachyderme. Que Froome signe des succès à la manière d’un Merckx et l’on parle aussitôt d’anormalité, de cadence horaire suspecte, de watts douteux.

En droit pénal, la présomption d’innocence est un principe cardinal. Ce devrait être la même chose en cyclisme et en sport. Mais tant de casseroles pendent au guidon des vélos des champions que chaque exploit est désormais nécessairement, inéluctablement vu comme un "enfumage" de première. Froome paie pour l’instant, lui qui n’a jamais été signalé dopé, pour ceux qui ont trahi leur sport et menti au public. C’est terrible mais hélas logique. Car tant que le sport professionnel continuera à faire passer le show avant la vérité et l’argent avant la probité (et il n’y a aucune raison pour que cela s’arrête), il n’y aura pas de rédemption possible et l’on continuera à tomber sur des tricheurs avérés, comme les athlètes Tyson Gay et Asafa Powell, ou supposés comme Froome.


Edito de Jean-Claude Matgen.