Un édito de Jean-Claude Matgen

Nous avons souvent regretté en ces colonnes le manque de cohérence des règlements de l’Union belge de football en matière disciplinaire. Ils sont ainsi faits qu’il est impossible de sanctionner a posteriori le comportement violent d’un joueur si son geste a été sanctionné par un arbitre et très difficile de punir les manifestations racistes de supporters nauséabonds. En revanche, la fédération a la main lourde avec ceux qui dénoncent ces comportements dès lors qu’ils prendraient la moindre liberté avec ses statuts.

Dans ces conditions, on ne s’offusquera pas que le Standard ait décidé de porter le dossier Ruytinx-Carcela (le premier, joueur à OHLouvain, a, le 8 décembre, piétiné la cheville du second, joueur à Liège) devant la justice civile. Plus étonnants sont les arguments du club liégeois. Avancer que la blessure de son joueur constitue un manque à gagner et une moins-value pour lui et pour son employeur relève de la plus stricte réalité.

Mais pour l’affirmer, il a fallu que le Standard se présente comme l’une des plus importantes "sociétés de loisirs" du pays et développe des arguments dignes d’une multinationale soucieuse de préserver ses parts de marché...

Cela a le mérite de la clarté mais va à contre-courant des discours des dirigeants du monde du football, si souvent soucieux de vanter les vertus d’humanité et d’altruisme de leur sport, mais aussi de faire respecter sa soi-disant "spécificité" et de tenir la justice ordinaire en dehors de leur sphère d’activité.

On l’a vu lors de l’affaire Bosman et à bien d’autres occasions.

Bref, il est un peu facile, selon la direction prise par le vent de ses intérêts, de se placer de l’un ou l’autre côté du manche.