Un édito de Jean-Claude Matgen.

La brillante campagne de qualification des Diables rouges pour le Mondial brésilien de fooball a suscité, en Belgique, une liesse populaire comme on n’en avait plus vue depuis des années. Faut-il en conclure, comme le font certains, non sans arrière-pensées, que la population aspire à retrouver le chemin de l’unité de la Belgique et que ces démonstrations de joie illustrent un impérieux besoin de cohésion, qui transcenderait nos différences et enverrait la N-VA de Bart De Wever dans les cordes ?

La Belgique traverse une période de morosité sociale, économique et politique. Le discours de ses dirigeants est rarement porteur d’espoir et la brutalité de certains événements (les fermetures de Ford-Genk et d’ArcelorMittal, par exemple) a fait très mal.

Les succès des Diables ont valeur symbolique de baume au cœur. Nos footballeurs démontrent qu’en Belgique, on peut avoir du talent, se serrer les coudes, battre des adversaires réputés plus forts. C’est leur mérite.

Attribuer d’autres vertus à leurs victoires serait illusoire. Voire dangereux car si l’avenir de nos institutions devait dépendre de la conversion d’un penalty par Eden Hazard ou d’une bourde de Thibaut Courtois, c’est que la Belgique serait arrivée au dernier degré de son délitement.

En grands communicateurs qu’ils sont, Elio Di Rupo, Didier Reynders & co surfent sur la vague d’engouement qui déferle sur le nord comme sur le sud du pays. Mais ils seraient mal avisés de croire qu’elle suffira à éloigner toutes les menaces qui rôdent autour de la Belgique. Si le sport changeait le cours de l’Histoire, ça se saurait.