Un édito de Christophe Lamfalussy.

En 1981, Henry Kissinger plaisantait à moitié en demandant quel numéro les Etats-Unis devaient composer s’ils voulaient appeler à l’Europe. Apparemment, la NSA l’a trouvé puisque Berlin affirme avoir de forts soupçons que le portable d’Angela Merkel a été mis sur écoute par l’Agence nationale de sécurité américaine.

Cette incroyable affaire, digne de la Guerre froide, s’ajoute aux révélations depuis juin sur un espionnage massif et systématique par la NSA des communications orales et numériques de centaines de milliers d’Européens. Ce n’est pas vraiment nouveau. Dès la fin des années 80, un journaliste britannique révélait l’existence du réseau Echelon et de ses grandes oreilles, un réseau d’interception de communications mis en place par les pays anglo-saxons.

Parce qu’ils ont la technologie et les serveurs, les Etats-Unis sont devenus entre-temps les maîtres du cyberspace et semblent piocher avec une facilité déconcertante dans nos communications.

Les Etats-Unis sont nos fidèles alliés. Mais ils restent extrêmement méfiants à l’égard des Européens jugés parfois peu fiables. A cela, on répondra que les principales fuites qui portent atteinte à la sécurité nationale des Etats-Unis proviennent de deux citoyens américains, le soldat Bradley Manning, source de Wikileaks, et l’ex-consultant Snowden, à l’origine de cette avalanche de révélations sur la NSA. On ne sera évidemment pas naïf pour croire qu’entre alliés, on ne s’espionne pas. Mais il est grand temps que les dirigeants européens fixent avec les Etats-Unis les règles du jeu - et se fassent respecter.