Edito de Geneviève Simon


En 1816, à l’âge de quatorze ans, Victor Hugo définit dans un cahier d’écolier les limites de son ambition : "Je veux être Chateaubriand ou rien". On sait que son prodigieux œuvre fut à la hauteur. Si l’époque a changé, les lecteurs d’aujourd’hui sont toujours en droit d’attendre le meilleur de ceux qu’ils lisent. De l’ambition, que demander d’autre à ceux qui, dès mercredi, vont voir fleurir leur livre dans les librairies ? Eclat du verbe, finesse du scénario, partage d’altérité, d’émotions et donc de vérité, l’ambition ne doit rien craindre pour que les pages noircies dans la solitude trouvent leur écho.

Chez les éditeurs, on a cette année préféré publier nettement moins qu’en 2012, puisque les 555 titres annoncés (357 français et 198 étrangers) marquent un recul de la production de 14 %. Moins mais mieux, c’est à espérer. Moins mais autrement, c’est la tendance puisque les premiers romans sont, eux, en augmentation.

Plus encore que de l’écrivain, c’est de l’éditeur - qui doit non seulement choisir avec soin mais accompagner consciencieusement le texte et l’auteur qu’il publie - dont on attend exigence et ambition. Alors que notre époque sert à profusion des textes en tout sens et sous toutes formes, le rôle de l’éditeur demeure plus que jamais primordial - quand nombre d’écrivains déplorent qu’il se délite. Car grande est sa responsabilité vis-à-vis de celui qui, au comptoir de son libraire ou via un site en ligne, va débourser quelque vingt-cinq euros pour acquérir les pages qui le feront rêver, voyager, mieux se connaître, pleurer ou rire. Comme le disait si justement Claude Roy, "la littérature est parfaitement inutile : sa seule utilité est qu’elle aide à vivre".