Edito

Un édito de Francis Van de Woestyne. 

Quoi, Elio Di Rupo, Premier ministre socialiste, est allé à Davos ? La gauche radicale l’avale mal. Il s’y serait rendu pour descendre du gros rouge ou des pistes rouges, humer l’air frais des Helvètes ou passer quelques jours en ascète… tout le monde l’aurait admis. Mais côtoyer les grands, sourire aux riches, plaire aux investisseurs, croiser le gotha de la finance et en revenir toujours socialiste… Non vraiment, les crypto-marxistes sont sceptiques. Il faut être bien gauche pour oublier qu’on est de gauche. 

Un traître, ce Premier ? Non, car c’est là qu’il fallait être. Davos en est à sa 44e édition. Il faut être déconnecté de toute réalité ou alors de très grande mauvaise foi pour ignorer que ce rendez-vous n’est plus le meeting où se croisent les défenseurs frénétiques de la pensée ultralibérale. 

A Davos, il faut laisser ses préjugés au vestiaire. Et écouter les experts promouvoir un développement équilibré, durable, respectueux des défis environnementaux. Et entendre des chefs d’Etat concevoir la croissance de leur pays comme un moyen de réduire les inégalités, de mieux répartir les richesses. Des richesses qu’il faut investir dans l’économie réelle et non pas confier à des spéculateurs sans cœur. 

Oui, il fallait aller à Davos car c’est là, plus que dans toute autre enceinte, que l’on peut aussi montrer au reste du monde que notre si petit pays a changé. Il y a trois ans, on ne savait qui y envoyer. Il y a deux ans, la Belgique avait toujours la colique au sortir de la plus longue crise politique. A présent, on y vante ses performances, sa Sécu, sa main-d’œuvre, sa concertation sociale, ses investissements en Recherche. 

On ose croire que l’an prochain, à pareille époque, notre pays n’aura pas, à nouveau, brisé sa coque.