Puissant, mais pas spécialement vaillant, Recep Tayyip Erdogan aime pourtant les bras de fer. Le Premier ministre turc continue d’asséner ses bravades à l’encontre de ces "anarchistes" qu’il voit en nombre sur la place Taksim à Istanbul. Sans doute y en a-t-il. Comme il y a des amateurs de castagne dans toute manifestation. En homme fort, Erdogan manie la baguette à la façon d’un vieil instituteur. D’ailleurs, son vocabulaire ne trompe pas. Après avoir fait mine cette semaine d’avoir "compris la leçon", le voilà qu’il appelle ses partisans à "donner une leçon" à ces contestataires lors des prochaines élections. Une manière très opportuniste de lancer la campagne en vue de la présidentielle de l’an prochain à laquelle il espère participer.

Mais Erdogan ne doit pas se leurrer. Tous ces manifestants, quels qu’ils soient, tirent le signal d’alarme. Et tant qu’il ne parlera pas à leur conscience blessée, ils insisteront. Erdogan ne cèdera peut-être pas sur le projet immobilier qui doit remodeler les abords de la place stambouliote, mais il serait mal inspiré de balayer d’un revers de la main ce qui s’y crie.

Les cris de Taksim disent un ras-le-bol. Ils témoignent de la trop grande immixtion du pouvoir dans la sphère privée. L’AKP a beau être en position de force au Parlement, le parti (islamiste modéré) d’Erdogan n’a pas le monopole de professer ce qui est bien ou mal pour chacun. Ce serait d’une arrogance suicidaire. Car, une fois qu’elle a fini de siffler, la marmite à pression redevient silencieuse. A moins qu’on entretienne la flamme. Et ça, Erdogan doit se le tenir pour dit. Sous peine de déclencher une réaction incontrôlable.