Un édito de Dorian de Meeûs

Lamentable… et le mot est faible. Comment décrire autrement ce sentiment de dégoût - ou du moins de honte - qu’on ne peut s’empêcher de ressentir quand nos politiques s'arrangent, en 2015, pour éviter de devoir organiser une simple minute de silence en hommage aux seules victimes du génocide arménien ? La volonté serait-elle de ne surtout pas reconnaître l’un des premiers génocides du XXè siècle, et encore moins de le dénoncer, de peur de contrarier les électeurs d’origine turque ? Ces politiciens de partis traditionnels préfèrent donc abandonner 1,5 million de victimes civiles dans l’oubli. Pire, dans le déni.

Cette marée humaine d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards ne revendiquait rien, n’exigeait rien, ne se battait pas, ne se défendait même pas… Victimes d’égoïsme et d’une forme de racisme, ces civils ont été massacrés, torturés, violés, spoliés avant d’être tués. Leurs bourreaux n’avaient qu’un seul but : éradiquer ce peuple chrétien, ville après ville. Ceux qui recherchent les prémices de la Shoah y trouveront matières à réflexion.

Toutes les familles arméniennes réparties à travers le monde après avoir fui tant bien que mal l’éradication massive ne demandent qu’une seule chose, la reconnaissance de leurs blessures et de leurs intenses douleurs. Cent ans après le génocide arménien, il serait absurde de pointer du doigt les dirigeants turcs actuels pour un crime qu’ils n’ont pas commis, mais ils s’honoreraient en évitant de piétiner les traînées de sang laissées dans l’Histoire. Tout comme notre gouvernement se déshonore en ne représentant pas les Belges aux grandes commémorations d’Erevan, la capitale arménienne.