Ce 2 octobre, nous célébrons le 150e anniversaire du Mahatma Gandhi. À cette occasion, une grande marche pour la justice et la paix va partir de Delhi pour rejoindre Genève. 
Une opinion d'Olivier de Schutter, ancien rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation et président de Jai Jagat International, Aurélien Barrau, astrophysicien et écologiste, Clothilde Bato, présidente de Notre affaire à tous et Dominique Bourg, professeur à la faculté des géosciences et de l'environnement de Lausanne. 

Pour celles et ceux qui en douteraient encore, l’actualité de cet été (vagues de canicule, multiplication des feux de forêt, cyclones, etc.) est venue rappeler ce que les scientifiques ne cessent de dire depuis bientôt 50 ans : notre civilisation fait face à une crise climatique globale mettant en danger l’ensemble du système Terre. Les activités humaines sont même devenues une force tellurique, notre ère géologique actuelle étant qualifiée d’anthropocène. Les chiffres du Giec, ceux de l’IPBES, les scénarii de la Nasa, tous les schémas prospectifs et martelés quasi quotidiennement nous prévoient à plus ou moins très brève échéance (2040, c’est demain) l’apocalypse. La perspective de l’effondrement devient l’objet d’une discipline scientifique spécifique, la collapsologie.

Tout cela est connu. Or, face à ce tableau que brossent les scientifiques, nos gouvernants restent dans le business as usual : ils gèrent les affaires courantes, sans avoir la franchise de reconnaître l’urgence. Les ultrariches bien informés, qui continuent d’engranger des fortunes, ont commencé à adopter des stratégies de sécession, pour s’acheter des îles ou investir dans l’immobilier en Nouvelle Zélande, pensant par l’enfermement et l’éloignement pouvoir échapper aux catastrophes à venir. Mais eux aussi ont des enfants et vivent sur la même planète que nous. Que l’on soit dans la fuite en avant, le déni, le renoncement ou au contraire dans la volonté d’agir, nous sommes tous dans le même bateau, unique, la planète Terre. Il faut donc d’urgence apprendre à sortir de nos chapelles respectives pour commencer à tout changer ensemble. Et il existe un formidable outil pour cela : la non-violence.

Nous célébrons ce 2 octobre 2019 le 150e anniversaire du Mahatma Gandhi. À cette occasion, une grande marche pour la justice et la paix s’inscrivant pleinement dans la tradition gandhienne, Jai Jagat (en hindi la victoire du monde), va partir de Delhi pour rejoindre Genève. Elle a un objectif clair : promouvoir un modèle ne laissant plus personne de côté. Un modèle qui répond à l’Agenda 2030 des Nations unies et ses 17 Objectifs de développement durable (ODD), véritable "plan survie de l’humanité", signé par tous les États en 2015. Cette audacieuse épopée veut porter la voix des sans-voix de toute la planète et promouvoir la non-violence inspirée par Gandhi comme stratégie mondiale de changement. À l’arrivée des marcheurs de Jai Jagat à Genève en septembre 2020, où la marche de Delhi convergera avec des marches organisées depuis d’autres régions du monde, toute une série de débats, de dialogues et d’évènements festifs et culturels auront lieu, tant avec l’Onu et les grandes institutions internationales, qu’avec des mouvements sociaux, des ONG, des associations, des entreprises, des syndicats, des établissements scolaires, des artistes, de simples individus, toutes celles et ceux aspirant à transformer le monde en mieux.

L’initiative de cette marche vient du mouvement indien de défense des sans terres Ekta Parishad et de son leader Rajagopal. Elle est soutenue désormais par diverses personnalités et des centaines de groupes à travers le monde. Elle constitue un formidable cadeau fait à l’ensemble de l’humanité pour faire converger toutes celles et ceux qui œuvrent pour le changement et la transition, à l’échelle individuelle et collective, intérieure et extérieure. Une action pour décloisonner les barrières et redonner espoir aux plus jeunes, dont celles et ceux qui marchent aujourd’hui pour le climat et dénoncent à juste titre notre inaction collective. Il ne nous reste que très peu de temps face à l’effondrement qui vient. Le choix est très simple : soit renoncer, mais ce n’est pas une option pour nos enfants, soit tout tenter et être des millions à se rassembler autour de cette idée simple : "être soi-même le changement que l’on veut voir dans le monde", comme le prônait Gandhi. La non-violence n’est pas l’abandon, elle n’est pas la passivité : elle est au contraire une forme active de résistance. Elle refuse la complicité avec le monde tel qu’il est. Elle ne veut pas simplement aider au changement de cap. Elle est la marque d’une impatience : face à l’inertie des gouvernements, elle veut opérer le changement à partir des innovations dont les plus démunis et les exclus sont les auteurs. Sachons saisir cette opportunité.

Titre de la rédaction. Titre original : "Une marche de Delhi à Genève pour être le changement"