Ce soir, pas moyen de dormir.

Alors, je pourrais vous poster la photo de ce jeune casseur qui veut en découdre avec la police et que j'implore du regard de ne pas le faire avant de nous retrouver au centre de la bagarre. Je pourrais aussi vous partager les vidéos de mes amis qui se font gazer ou de ceux qui reçoivent des coups de matraques mais je préfère vous partager cette chanson d'espoir.

Que l’on soit d’accord ou pas avec l’action, des rassemblements ont eu lieu à plusieurs endroits en Belgique.

Trace Ton Cercle / Teken Je Hart a posé le choix d’être présent pour essayer de faire le maximum pour éviter d’éventuels débordements, d’un côté comme de l’autre.

Faisons le déroulé de l'après-midi: avant 16 heures, tout est calme, il y a des familles, les jeunes sont entre eux, ils dansent et ont besoin de se retrouver comme on l'a vu sans heurts à Ixelles chez Christos Doulkeridis ou à Liège.

Des stewards sont déjà passés, des policiers aussi. Tout est calme sauf un ou deux groupes qui sont là pour chercher la bagarre. Un ou deux. Et de fait, ils commencent à provoquer des incidents quand la police descend en simple uniforme sur la plaine. Leurs revendications? Qu'on les laisse tranquilles boire leurs verres. Mais on sent que la tension est palpable, que l'énergie est négative.

Les drones sont envoyés. Je ne comprends pas leurs messages même si je m’en doute.

Les policiers arrivent alors en masse, en uniforme anti-émeutes renforcés. Les autopompes se placent.

Ils restent d'abord en haut de la plaine. Les jeunes continuent.

Les parents se mobilisent, font une chaîne entre la police et les jeunes. Les manifestants se positionnent devant les autopompes, certains assis, pour montrer leur contestation pacifique. D'autres debout. Encore une fois, aucune violence physique.

Aucun groupe extrémiste comme annoncé. Rien que des gens fatigués et outrés.

2000 jeunes sont PACIFIQUES. Ils revendiquent leurs droits à la vie sociale et culturelle. #art23 de la constitution belge.

Et puis, coup de téléphone du cabinet Philippe Close: ils vont charger , vous devez partir. 5 minutes avant... Impossible de prévenir. Les policiers se mettent en marche. On leur crie: "tout est calme en bas, vous allez charger des jeunes, vous allez charger nos enfants." Ils continuent. Ils arrivent en position en bas de la plaine, les jeunes qui veulent en découdre arrivent, des bières sont envoyées. Des pétards explosent. Des jeunes complètement masqués arrivent. C'est une minorité. Une trentaine. Trente sur 2000.

Ils commencent à lancer des pierres sur la police. On intervient, on parle avec eux, on essaye de les raisonner. C'est impossible. Ils sont trop en colère. Ils disent: “on a le droit d'être dans un parc, c'est chez nous. “

© IPM

Et puis ça s'emballe. Ils prennent un tronc d'arbre et veulent l'utiliser comme arme. Et là, c'est la bagarre, d'abord entre ces jeunes qui veulent en découdre avec la police et d'autres jeunes qui veulent les en empêcher.

Et là, c'est la charge de la police. Nous regardons impuissants ce qui se passe. Ce n’étaient même pas des extrémistes. Si j'arrive à les toucher au sens propre comme au sens figuré, pourquoi la police n'y arrive-t-elle pas? Pourquoi ne pas exfiltrer les jeunes qui posent problème?

Pendant l'heure qui suit, ce fut des poursuites incessantes. Les chevaux, les chiens, les lacrymogènes, les boucliers... un remake du 1er avril. Nous essayons de calmer les choses, de comprendre cette violence. Il n'y a rien à comprendre. C'est un choix politique.

Des amis, des pères, des mères, se font gazer ou frapper. Des adultes pacifiques. PACIFIQUES. Des jeunes sont blessés. Des policiers nous disent: "on est désolés, ce sont pas des gars de chez nous", en parlant de leurs collègues.

La plaine est presque vide. Les policiers se remettent en charge, mettent des masques à gaz, sortent les chiens, que vont-ils chasser? La centaine de jeunes qui reste?

Je m'adresse à un commissaire, il me dit qu'ils ont de nombreux gradés sur place, il a l'air embêté. Il doit partir en intervention et suit les maîtres-chiens. Je m'adresse donc à une femme policier. Gradée aussi. Elle me regarde avec empathie et me dit: "vous savez Madame, je suis tout en bas de l'échelle. Les ordres viennent d'en haut."

Impuissants, nous partons un peu plus loin. Autre plaine, les gens, des jeunes, des citoyens, boivent un verre de façon pacifique en regardant de loin le ballet des jeunes, des policiers et des chevaux sur la plaine principale.

Tout d'un coup, nous entendons des cris: les chevaux chargent encore et cette fois-ci juste à côté de nous, nous ne savons pas d'où ils viennent. Nous nous retrouvons entre deux rangs de policiers et décidons de quitter. Un chemin nous mène à une jolie rue. On débriefe un peu et voulant être raisonnable, nous passons par le vert chasseur pour rejoindre la voiture. Nous redevenons donc des simples passants.

Le long de la chaussée de Bruxelles , donc hors du bois, nous assistons à une scène surréaliste: des jeunes sortent d'un petit chemin troussés par des policiers. Un policier se jette sur un jeune et le frappe avec sa matraque. HORS du bois. Nous souhaitons voir ce qui se passe, nous sentons que les policiers sont extrêmement tendus. J’ai le temps de dire “je suis une mère” et nous nous faisons gazer. À 20 cm du visage. Si nous ne portions pas de lunettes, les dégâts seraient catastrophiques nous a dit le médecin consulté ce soir. Complètement sonnés, nous nous mettons en face dans la rue. Le policier commence à provoquer les jeunes et à hurler "kom jongen kom". Il est complètement hors contrôle. Après 15 minutes pour se remettre, je retourne vers le combi de police pour avoir le numéro de matricule du policier. Il est déjà monté. Je m'adresse donc au chauffeur. Il ne veut pas me répondre, me dit qu’il “a des choses plus importantes à faire”, veut fermer sa porte sur moi et me menace avec sa bombe de gaz (je ne sais pas comment ça s'appelle).

C'est ça notre monde ?

C’est ça le monde dans lequel nous élevons nos enfants ?

C’est ça Bruxelles, dans laquelle nous vivons et VOTONS ?

Il faudra qu’on se lève.

Et que les esprits chagrins qui vont insulter les jeunes en disant “qu’ils ne respectent pas les hôpitaux” me communiquent une étude fiable qui parle du risque important de transmission en plein air et je suis prête à changer d’avis. Même Van Laethem m’a confirmé que le risque est infime...

Titre de la rédaction : "La Boum 2 : est-ce ça le monde dans lequel nous élevons nos enfants ?"

Titre original : "1er mai partie 3: La Boum"