Sur un petit nuage

L'actualité de la semaine vue par Joelle Milquet. Redonner du goût, de la couleur et de la forme au PSC; n'importe qui ne pouvait relever le défi. Il faut, comme on dit, une «nature». Ambitieuse et susceptible mais pugnace et bucheuse

Sur un petit nuage
©Bernard Demoulin

SAMEDI 9 JUIN

Minuit et quart: le samedi 9 juin commence tôt avec la fin du spectacle «Roméo et Juliette» où j'ai emmené ma fille Laura et ses cousines. Le grand événement de leur vie...! Pour moi, l'événement du 9 juin, ce n'est pas Roméo et Juliette, c'est le Congrès du PSC qui doit symboliser le visage d'un tout nouveau parti. Cette matinée est extraordinaire! Il y a plus de 1.300 personnes gonflées à bloc. Le Congrès est rythmé, animé, entrecoupé de témoignages d'une société civile qui renoue avec le PSC. Il y a de l'humour, il y a de la joie de vivre, il y a des convictions, il y a un vrai projet audacieux et novateur, il y a du coeur... Bref, il y a tout ce dont je rêvais depuis un certain temps pour le PSC. L'Humanisme démocratique passe à l'unanimité moins 2 voix. Les applaudissements tonnent. Tout le monde chante «Le Pouvoir des Fleurs» en débandade sur la scène à l'issue du Congrès... Du jamais vu au PSC!

DIMANCHE 10 JUIN

C'est avant tout la Fête des Pères... Drame...: le petit dernier, ne parvient plus à se souvenir de sa récitation!

Je téléphone à Jean-Marie Happart pour avoir de ses nouvelles et il m'explique en détails la violence dont il a fait l'objet. Je suis indignée. Une fois encore se repose, au delà du nouvel accident communautaire grave, la question essentielle du contrôle de la police, de la proportionnalité entre usage de la force et menace.

Après mon passage dans «L'invité» à RTL, l'après-midi est studieuse. Mes enfants sont en examen et je n'ai pas eu beaucoup le temps de les faire réviser ces derniers jours. J'attaque donc «Hoe maken we pannekoeken klaar?» avec l'aîné tout en faisant revoir les inoubliables «parallélépipèdes» à la seconde... Changement de monde...

LUNDI 11 JUIN

L'ambiance est au beau fixe au Bureau politique du PSC. L'euphorie du samedi a survécu au week-end. Les caisses d'oranges du Congrès trônent dans le hall d'accueil.

La Libre Belgique parle d'un PSC sur son «nuage». Je pense qu'elle n'a pas vraiment tort.

La soirée débute avec le voyeurisme médiatique indécent sur les dernières secondes de Tim mac Veigh. Quand donc l'Amérique abandonnera-t-elle la barbarie de la peine de mort? Je suis profondément choquée à chaque exécution.

MARDI 12 JUIN

Le mardi 12 est une journée contrastée... Elle commence par une rencontre avec un homme de théâtre pour aborder les attentes du monde de la culture. Elle passe par un déjeuner avec différents représentants des Centrales ouvrières: délocalisations, mondialisation à encadrer... suivie paradoxalement d'une séance organisée en l'honneur d'Etienne Davignon: capitalisation, fusions, mondialisation à valoriser...

Retour à la Chambre. Un parlementaire montois vient me transmet un poil du doudou qui m'a été offert par le premier ministre disant que c'était la seule chose qu'il pouvait encore offrir au PSC pour le deuxième projet .. Rien n'est moins sûr...

Nous planchons justement avec les collaborateurs sur le choix des amendements à déposer au projet de loi de transfert de compétence.

La journée se termine par un retour aux «trains qui partent à 100 km/h et dont on se demande en combien de temps il parcourt 40 km» et par la douceur d'une soirée d'été organisée pour les 50 ans d'Alain Courtois qui permet de refaire le monde... et du football et de la justice... et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il y a du pain sur la planche!

MERCREDI 13 JUIN

Réveil surprise par la RTBF: 13 juin ... 2 ans d'arc-en-ciel? Qu'en pense la Présidente du PSC? Le réveil est dur! Elle en pense tout simplement ce qu'un nombre croissant de citoyens commencent à réaliser. Derrière le mirage? Une réalité en demi teinte. Derrière la pacification communautaire? Un retour en force des tensions entre flamands et francophones et une avancée vers le confédéralisme. Derrière la nouvelle culture politique? Le retour aux nominations partisanes, aux marathons nocturnes, aux rapports de force classiques. Derrière l'image sympathique si minutieusement travaillée? L'incohérence d'une politique sans arbitrage, des conflits permanents entre formations politiques, l'absence d'esprit collectif, Derrière la réforme fiscale? Le report hypocrite de la grande majorité de ces mesures pour le prochain gouvernement après 2003. Derrière la communication? La non décision.

La matinée du 13 juin, c'est aussi le retour du PSC dans le monde de l'enseignement. Je suis invitée à Floreffe par plusieurs directeurs d'école pour venir expliquer les accords de la Saint-Boniface. Contentement et gratitude se mélangent. Cela fait si longtemps...

Ensuite, retour à Bruxelles pour rencontrer la Confédération de la Construction et entendre Olivier Deleuze faire un discours «énergique» sur le développement durable au moment même où Bush en visite à Bruxelles confirme jusqu'à l'absurde son refus de Kyoto. Décidément, cette Présidence américaine est désolante...

JEUDI 14 JUIN

A Alger, le sang coule honteusement ... A plusieurs milliers de km de là, la séance plénière de la Chambre s'égrène sans passion dans l'indifférence générale. Quand donc va-t-on oser réformer la procédure parlementaire? Quand va-t-on faire autre chose des séances plénières que l'addition de monologues que personne n'écoute plus?

A souligner cependant une victoire sympathique au parlement. Nous avons proposé avec les femmes parlementaires de chaque parti que les parents puissent avoir désormais le libre choix pour le nom de leurs enfants entre le nom du père, celui de la mère ou celui des deux. J'ai beaucoup aimé participer à cette avancée équilibrée avec toutes mes collègues féminines du nord comme du sud, au delà des jeux de majorité-opposition. Une chose est en tous cas claire pour les enfants des femmes politique: Question discrétion, c'est plus commode de s'appeler comme papa...

Et enfin, en bout de soirée, le temps volé pour le dernier P.D. James, «Meurtres en soutanes».

VENDREDI 15 JUIN

Ma fille perd sa deuxième dent...

Le petit déjeuner est consacré à nos représentants, mandataires et bourgmestres de la périphérie pour nous mettre d'accord quant à la manière d'augmenter leurs garanties.

Le vendredi matin, c'est aussi le jour du quotidien et du terrain, rencontres personnelles avec les citoyens au sujet de leurs problèmes de tous les jours: expulsion de logements, problèmes de mobilité, problèmes de justice. Bref, ces choses de la vie qu'il est de notre priorité de rencontrer avant tout et qui donnent à la fonction politique sa vraie raison d'être.

Ensuite se pose soudainement et cruellement la question de notre dépendance nouvelle à l'informatique: le texte initial que j'ai écris chaque jour pour cette chronique s'est perdu dans les méandres tortueux de mon logiciel. C'est donc à la vitesse TGV que je fais redéfiler sous une nouvelle plume les jours de ma semaine qui vous sont ainsi livrés dans une forme qui demande toute votre indulgence ... C'est peut être là le dernier pari de la semaine!

© La Libre Belgique 2001