Vers une monarchie autoritaire?

Au-delà du débat sur la pertinence des décisions prises par le Roi et le gouvernement pendant les années de guerre, la question royale n'a-t-elle pas eu pour ressort profond l'opposition au souhait, attribué à Léopold III, d'une réforme du régime politique de la Belgique, notamment dans le sens d'un renforcement de l'exécutif et d'une limitation des pouvoirs de fait acquis par les partis et les syndicats? Cela reste d'ailleurs sa vision au début des années 80, quand il écrit...

Ce sont des choses qui ont joué mais je crois que ce qui a pesé davantage, c'est une certaine image qui diabolise le Roi dès avant mai 40. Quand, en 1936, il est demandé que son discours aux ministres sur la politique d'indépendance soit publié pour faire passer cette politique dans l'opinion, on en arrive à une situation où le gouvernement ne couvre plus le Roi mais se couvre lui-même de l'autorité royale. Dès ce moment, certains en déduisent que la politique est définie par le Roi et que le gouvernement est une chambre d'entérinement. Ce n'est pas vrai, mais l'image du Roi autoritaire se développe ainsi. Et elle ne fera que se renforcer à Wynendaele.

Cela dit, Léopold III avait-il en tête d'apporter des réformes au régime? Oui, incontestablement. Mais ce n'était pas un spécialiste du droit public. Il songeait surtout à des points sur lesquels la Constitution n'était pas appliquée ainsi qu'à des réformes de fonctionnement. S'il avait pour cibles les abus des partis et les syndicats, cela ne veut pas dire qu'il était contre leur existence. A l'époque, un très grand nombre de gens avaient en vue des réformes. Au début de la guerre, un rapport signé Pierlot est arrivé à Laeken, où il est écrit: «On ne peut pas retomber dans les errements d'autrefois».

L'idée du retour à l'autorité a fait aussi son chemin parmi les socialistes d'avant-guerre, chez un De Man et même chez un Spaak...

Elle sera même toujours présente après la guerre. Voyez, chez nos voisins, de Gaulle et Mendès France, par exemple. Mais comme dans la Constitution, quand on parle du Roi, il s'agit très souvent du Roi et de ses ministres en tant que pouvoir exécutif, l'idée de renforcer l'exécutif équivaut, croit-on, à une monarchie autoritaire. Et il est bien normal que les groupes de pression soient opposés à une évolution qui réduirait leur influence.

Maintenant, s'il y a bien eu des groupes auxquels le Roi a demandé un travail, ce n'était qu'un début de réflexion et il n'a peut-être rien lu de tout cela. Avant la guerre, en février 1939, il avait dit au gouvernement que ce n'étaient pas les institutions qui étaient en cause mais les hommes, à commencer par les ministres. Mais comme il a aussi dit que dans la situation économique et sociale où on se trouvait, les remous autour de l'impuissance des hommes politiques lui faisaient craindre pour les institutions, certains ont interprété ces propos en lui attribuant des intentions dictatoriales.

En disant cela, je ne jette pas la pierre aux responsables politiques. Ils sont sollicités de toutes parts, soumis aux pressions, aux surprises, aux imprévus, aux incidents... Comment voudrait-on qu'il n'y ait pas un décalage entre les intentions et les réalisations d'un gouvernement? Cela reste vrai à notre époque, sous Verhofstadt.

© La Libre Belgique 2001